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CHRONIQUE: Quand l’Informel prend le dessus sur la République

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Mercredi dernier, il y a eu une étincelle. Dans l’atmosphère hautement inflammable, que l’on a deviné dès les premières heures de la matinée, un départ de feu s’est produit. Sur ce cône incandescent, il faut maintenant jeter un regard froid. Depuis plus de sept ans, les fumées des polémiques politiciennes ont fait écran face aux difficultés réelles que vivent la majorité des Sénégalais. Pour les aplanir, il faudra plus qu’une rencontre avec les représentants des marchands ambulants, dont le Premier ministre a usé comme un camion d’eau. Purifier les eaux de la rivière qui traverse la ville ne sert à rien si le foyer de la contamination se trouve à la source. Le Premier ministre justement, l’homme qui vit les bras en l’air. Parlons-en. Il parait dépassé par l’informel qui demeure autour de lui et n’en émerge que pour présenter la « grande » vision ponctuelle et sporadique de Maître. Jusque là, et comme souvent dans son histoire, le peuple avait affiché à la fois une prodigieuse résistance et une incroyable légèreté face à ses dirigeants qui, à force de querelles recuites, de débats non tranchés et d’un goût immodéré pour les plans de carrière à court terme, sont devenus les acteurs de nos déconvenues.



Que propose t-on à tous les anonymes attendant des actions de développement ? Rien que de la phraséologie. Et les Sénégalais retiennent aujourd’hui de la gouvernance de l’Alternance des anecdotes cocasses. Les vainqueurs du 19 mars 2000, ressasse t-on, construisent des châteaux (de cartes ?) pour eux, « achètent » et se partagent des véhicules et des terrains, pour femmes et futures épouses au corps de bébé, pourvu qu’elles leur rappellent leur jeunesse volée par le poids de l’opposition d’alors.

Ils nous démontrent à longueur de temps que leur mode de gestion de l’Etat est une pétaudière où le seul jeu est la politique des boules puantes. Un pouvoir dont le chef, ses ministres, ses conseillers parlent à tort et à travers, s’usent en petite monnaie qui nous mène à la banqueroute.

La situation serait cocasse si elle n’était pas désastreuse. Comment convaincre les Sénégalais de quoi que ce soit quand il n’y a plus d’Etat, ni d’intendance. Plus que le caractère du chef, elle est sa méthode de gouverner : à vue. Mis bout à bout, les éléments du « coup de sang » de mercredi, révèlent que les dysfonctionnements sont à tous les niveaux de la République et de l’Etat. Quelques fois, ils font semblant de remettre de l’ordre. Mais suivant la tête du client. L’épisode du déguerpissement des marchands ambulants la semaine dernière est une séquence qui en rappelle bien d’autres. Il a suffi d’une matinée, de « yëngël down…town » pour qu’on leur ouvre quatre avenues, qui seront interdites à la circulation, tous les week-ends. Dans cette affaire des « ambulants », le gouvernement est le deuxième « gahou », c’est-à-dire la victime de sa propre naïveté. Dans un autre domaine, une semaine avant, pour un autre « vélléitaire », la fièvre qui anime nos dirigeants leur a fait souhaiter une justice expéditive et sommaire, une sorte de terreur permanente où la guillotine fonctionnerait sans recours et sans délai. L’exemple le plus frappant est celui du ministre des Transports, qui a réussi l’exploit de faire aller en grève tous les travailleurs des secteurs dont il est le responsable. Solution de sortie de crise ? La menace brandie de les faire emprisonner !

Depuis qu’ils sont au pouvoir, Maître et ses hommes ont toujours agi de la même façon. Un style, un tour de main, une parole « magique », un rythme. Sans cesse déplacer les lignes pour éviter qu’elles ne s’entrechoquent. Bouger pour effacer l’ancien. Le quinquennat ne fait à peine que commencer. Il a déjà l’allure d’un feuilleton télévisé, conçu comme un rendez-vous quotidien, et dont la trame ressemble étrangement à ces télé novelas qui inondent nos écrans cathodiques.

Une crédibilisation de nos dirigeants doit passer par une réelle politique ambitieuse, dans tous les domaines, utopiste même, tout en restant honnête, ce qui se traduira par un leadership qui trace des chemins, ouvre des voies. Jusque là leur grande « habilité » a été de manipuler et de jouer avec les mots, ce qui est d’autant plus facile pour eux-mêmes peu attachés aux convictions. Par populisme, ils ont d’abord laissé créer, au cœur de Dakar, un ghetto urbain qui est vite devenu un ghetto social, dans lequel, une masse de jeunes et moins jeunes vit en rébellion avec la société dont ils n’ont d’ailleurs intégré aucun principe de base. La République est passée à côté de ces citoyens-sujets, de ces populations, de ces jeunes qu’elle a abandonnés depuis trop longtemps. En retour, ces mêmes citoyens-sujets, ces mêmes populations, se sont sentis coupés du monde et enfermés dans un chômage de masse. En perdant tout espoir, alors qu’a-t-on à perdre ?

Etrange République ! Un préfet de l’Etat écrit à la dernière minute pour interdire une marche qui avait été autorisée. Nul n’imagine que le haut fonctionnaire a pris sa plume pour satisfaire son seul goût de la littérature. Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur, dont les services sont incapables de produire des passeports et des cartes d’identité aux citoyens sénégalais et dont la dernière réaction mémorable est de faire faire menotter des journalistes « mal pensants », s’est terré dans son ministère et dans son mutisme, en attendant que passe l’orage non désiré. Le bon peuple stupéfait regarde une nouvelle fois le microcosme de ses élites, (encore) prises de court et cherche en vain à comprendre ce qu’il a fait pour mériter un tel sort entre les institutions d’une République à la limite de l’agonie, et dans laquelle la loi ne fonctionne que par miracle ou grâce au dévouement désespéré de quelques petites mains de la fonction publique. Pendant qu’elle couvrait son chef de fleurs et taillait des croupières à celui qui est encore Président de l’Assemblée nationale, la République n’a pas eu assez de jugement pour juguler une misère polymorphe qu’elle « gère » au jour le jour.

Mercredi, les émeutiers étaient seuls. Il est vrai qu’ils sont difficilement défendables. Ils ont été agressifs et violents. Les photos des journaux et les reportages télévisuels (étrangers) nous ont passé des images de véhicules ou de barricades en flammes autour desquels vociféraient des jeunes criant leur rage. Tous n’étaient pas marchands. Tous étaient ambulants. Malades d’une société qui les maintient artificiellement en vie, au moyen de traitement ambulatoire, palliatif et hasardeux. C’est comme si tout le pays s’était retrouvé dans une sorte d’ambulance social –le samu social quoi !), bloqué au beau milieu des embouteillages avec des barrières hérissées tout au long des chantiers du Roi. Pour que la « circulation » se décante Maître fait rapporter la mesure. Les ambulants peuvent retourner sur leurs lieux de travail, c’est-à-dire sur les trottoirs d’où ils ont été délogés, « sans investir la rue » ( dixit Pape Diop, maire de Dakar et président du Sénat). Le ridicule ne tue pas nos hommes d’Etat

Il est vrai que même dos au mur, on a toujours le choix. Celui qui s’offre à nos « ambulants » n’est guère différent de leurs congénères, Sénégalaises et Sénagalais : la pandémie de la pauvreté, l’ambulance et l’hopital-mouroir où l’on vient pour crever avec la feuille d’ordonnance en guise de bavoir.L’émeute et la violence charrient toutes les déviances qu’elles mêlent au sentiment d’une humiliation démultipliée. Dans ces conditions, est-il si difficile de comprendre que les citoyens ont avant tout besoin de reconnaissance et de dignité ? Et lorsque l’émeute éclate et que la violence se déchaîne, est-il si difficile de comprendre qu’à côté des incendies de voitures, les jeunes s’en prennent aussi aux institutions ? De l’Alternance, après avoir répondu à l’invite de Maître (que ceux qui n’ont pas de travail lèvent la main !) ils ne connaissent que le chômage ou des activités « protégeant » de la misère mais enfermant dans la précarité et semblant n’avoir aucune issue.

Passé le retour à un calme apparent ( ?), les hommes qui nous gouvernent seront-ils encore sourds, aveugles, enfermés dans leurs propres ghettos d’égoïsme ? Sauront-ils se mettre dans des habits d’hommes d’Etat, faire marcher nos institutions qui restent à côté de la réalité ? Les « ambulants » qui appellent encore au secours pourront-ils enfin les réveiller, les faire enfin sortir de leurs propres querelles et des gesticulations des ambitions personnelles ? Pourront-ils faire comprendre que cette crise est liée à la crise sociale de toute notre société et ne se limite pas à une géographie de quartiers ?

Source: Sud Quotidien

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Vendredi 23 Novembre 2007





1.Posté par Le Patriote le 23/11/2007 19:40
HONTEUX!
Et voilà comment marche le Sénégal. C'est regrettable de voir que cela se passe chez nous. Avions nous tord de réclamer l'alternance, d'exiger des changements de méthodes, de stratégies, de politique sociale,... La réponse semble être oui si l'on juge de ce qui se passe aujourd'hui. On a tant rêver, on a tant espérer avec l'avènement de l'alternance mais c'est peine perdu de prétendre un quelconque résultat favoPourvu seulement que les 4 prochaines années ne soient pas pires de ce qu'on a déjà vécu. J'implore le Bon Dieux de nous en préserver. Même si je reste sceptique vu le profil des gens qui nous gouverne. Des incompétent sans moral, des intellectuels dominés par le francs symbolique ou autres avantages que leur donne Wade, un Président impulsif et dont les actions font suites d'idées parues dans ses rêves nocturnes. Des ministres admirateurs qui se refusent toutes critiques des propositions de sa majesté, roi de l'improvisation et du tâtonnement. J'ai peur. Peur de l'avenir qui nous est réservé, peur de notre avenir nous jeunesse sénégalaise. Il y'a vraiment de quoi me dirons les avertis. Puisque nos contres pouvoirs sont affaiblis par des incarcération sans cesse des journalistes, les menaces de mort proférées contre nos vaillants patriotes, si peu soient ils et surtout par le mutisme de nos chefs religieux qui ne se prononcent que pour diviser les croyants avec leurs fameux "Ndigeul". Autant d'inquiétudes renforcées par l'amateurisme de nos dirigeants qui, avec leurs derniers bourdes ont montré les limites de connaissance de la notion d'état. Même s'ils les minimisent. Ce sont des actes qui n'honorent pas le Sénégal et qui à la limite sont honteux pour tous les intellectuels Sénégalais, ceux bien sur qui n'ont pas vendu leur liberté de réflexion et d'analyse. Au gouvernant de savoir que les nobles patriotes useront de leur liberté intellectuelle pour s'opposer à leurs démarches mal saines par leurs mots. Et quand ces derniers s’avèreront impuissants, la démarche des marchants ambulants, qui vient de montrer son efficacité, leur servira peut être d'alternative.
rable pour le développement de notre pays avec ce régime.


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