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CHRONIQUE DE BABACAR JUSTIN NDIAYE Refondation à perpétuité

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Le Parti démocratique sénégalais, de poids électoralement moyen jusqu’au 19 mars 2000, est aujourd’hui, un vrai mammouth. Du coup, la phalange de combat des années de braise (1974 – 2000) est devenue un gigantesque réceptacle de tous les intérêts, opportunités et autres sinécures liés à l’exercice du pouvoir. Des pionniers sans expertise mais bardés de légitimité (le photographe Tidiane Sow) y côtoient des administrateurs civils (Sada Ndiaye ou Adama Sall) nantis de savoir-faire et parfois pourvus de base politique.



Si l’on y ajoute les alliés avalés (Iba Der et Mbaye Jacques Diop) les fidèles rouspéteurs (Diagne Fada) les visiteurs de la nuit (Pape Diouf et Awa Guèye Kébé) une certaine génération d’embusqués et les déserteurs de l’armée (socialiste) vaincue, on obtient une cour libérale du roi Pétaud que seul Wade est apte à régenter. Voilà qui explique l’intérêt croissant que les observateurs et, bien sûr, les militants portent à la tâche de refondation confiée à Abdou Fall. Pourtant, cette mission difficile en apparence, sera très aisée en exécution, pour deux raisons évidentes. Premièrement, le Pds est la possession de Wade, comme le Congo fut celle du Roi Léopold II. En effet, de Mogadiscio à l’avenue Roume, en passant par les fameuses prières surérogatoires des années 80 et le sanglant épisode du 16 février 96, toute l’odyssée du Pds a été assumée par le fondateur, l’argentier et le stratège Abdoulaye Wade. En d’autres termes, le train libéral n’a jamais été conduit par un équipage ; il a toujours été sous le contrôle exclusif d’un pilote, parfois entouré souvent lâché, jusqu’à la gare du 19 mars. Le côté gaullien de la personnalité de Wade (le chef n’a pas d’adjoints mais des féaux) et la fragilité des élites capitulardes durant la longue traversée du désert, ont fait du Pds, un parti de godillots. Même l’espèce de vice régence d’Idrissa Seck n’y a pas changé grand-chose. Aujourd’hui plus qu’hier, Me Wade reste l’unique ordonnateur des carrières. Et son emprise est décuplée par le contrôle démocratique de l’appareil d’Etat qui fait de lui, la machine à distribuer les privilèges : ambassades, agences, ministères et conseils d’administration. Bref, au regard du bolchevisme organisationnel et de la doctrine libérale du Pds, Wade apparaît comme un curieux mélange de Franco et de Giscard. Au demeurant, Wade appartient à une génération d’Africains, tour à tour, anticolonialistes, nationalistes et …pères de la nation. D’où son style messianno-démocratique qui l’incline à préférer le despotisme supposé politiquement éclairé et économiquement efficace. Deuxièmement, refonder, c’est reconstruire sur de nouvelles bases et autour de nouvelles valeurs. Dans la pratique, Me Wade qui n’est pas prisonnier d’un quelconque lexique, va faire de la refondation ciblée, c’est-à-dire, un déplacement de l’épicentre de l’autorité et des prérogatives dans le Parti, au profit d’une partie du Parti qu’un congrès sans débat ni respiration, aura désignée et portée en triomphe avec sa bénédiction. Cette future instance dirigeante fera évidemment figure de clan des héritiers légitimés par un congrès de muets et de résignés. Et le pauvre Abdou Fall en charge des rôles ingrats, aura été tout au long de l’opération, davantage le ferrailleur que le maître d’œuvre d’une refondation qui rime avec reformatage. Toutefois, Abdou Fall a le profil de l’emploi. L’ancien ministre de la Santé appartient à la vague-tampon qui sert de passerelle entre les pionniers qui ont défriché en 1974 et les compagnons des heures de gloire. Venu du Plp via la Cds, Abdou Fall saura être, sans états d’âme, le procureur des uns et l’avocat des autres. Le tout, suivant les instructions « téléphonées » du Secrétaire général national. Il va sans dire qu’une refondation même pipée comme des dés, n’en sera pas moins une chirurgie. Et à ce titre, elle provoquera une saignée voire un hémorragie. Mais la grogne et les probables velléités de dissidences seront vite circonscrites, car l’histoire du Pds a amplement démontré qu’une révolte contre Wade est toujours vaine. Les départs les plus pénibles dans le passé (ceux de Sérigne Diop, Sophie Ndiaye Cissokho, Fara Ndiaye et Ousmane Ngom) n’ont ni altéré l’aplomb de Wade ni modifié le cours des évènements : l’inespérée alternance a eu lieu 26 ans après la naissance du Parti. Donc, avis aux futurs frondeurs : ce sont la ténacité et la froideur qui irriguent le tempérament du Secrétaire national du Pds et font de lui, le dernier monstre sacré de la scène politique sénégalaise. Deux caractéristiques qui lui ont sûrement permis de survivre aux coups fourrés de l’ogre Collin. Un tel dinosaure (Abdoulaye Wade) ne saurait perdre le contrôle du congrès de son Parti devant les lycaons créés et promus par lui-même. Alors, rien n’arrêtera la refondation, comme meilleur gage de la perpétuation de l’hégémonie libérale sur l’échiquier. A cet égard, Wade avait dit à M’Backé qu’il figera, durant cinquante ans, le Ps dans l’opposition. Et dans sa stratégie (revancharde) de destruction du Parti socialiste, force est de reconnaître – une fois n’est pas coutume chez Wade – qu’il y a une harmonie entre le dire et le faire. Tenez : après les courants qui ont électrocuté le Ps, c’est maintenant le moment de la décapitation avec les départs de Souty Touré, Robert Sagna et Mamadou Diop. Wade n’aurait-il payé les 15 millions de caution d’un candidat aux récentes élections législatives ? En un mot comme en mille, refonder au Pds signifie reformater puis refiler – à perpétuité – le Parti à une fraction, au détriment des autres, dans un contexte successoral très effervescent ; où les agendas, les calendriers, les échéances et les urgences se chevauchent.

Source: L'observateur

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Vendredi 6 Juillet 2007

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