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CANCER AU SENEGAL : 800 nouveaux cas chaque année chez les enfants

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La communauté internationale a célébré la journée mondiale contre le cancer le 04 février dernier. Le thème de cette année se résume à « Prévenir le cancer, c’est possible». Le cancer est devenu la principale cause de mortalité au monde. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), le nombre de décès devrait passer de 7,9 millions en 2007 à 11,5 millions en 2030, soit une hausse de 45%, due en partie à une population toujours nombreuse et vieillissante. Au Sénégal, on estime que 800 nouveaux cas sont enregistrés chaque année chez les enfants contre 12 à 20000 cas chez les adultes. Qu’est-ce que le cancer ? Comment le contracte-t-on ? Est-il héréditaire ? Quels sont les traitements existants ? Comment les malades le vivent-ils ? Combien coûte le traitement ? Tentatives de réponses.



CANCER AU SENEGAL : 800 nouveaux cas chaque année chez les enfants
Dans les pays comme les nôtres, les cas augmentent du fait que ces pays sont à la fois frappés par toutes les formes de cancer liés à la pauvreté et de plus en plus par ceux qui correspondent aux comportements dans les pays riches.

Terminologie

Dérivé du grec karkinos qui signifie crabe ou écrevisse, le cancer prend à la fin du XVème siècle, en français, le sens de tumeur maligne. Avant cette époque, des cancers étaient déjà décrits dans des écrits égyptiens vers -3500. C’est Hippocrate qui donna la première définition de la maladie, appelée alors « carcinome » ou « squirre » ; une tumeur (gonflement) dure, non- inflammatoire, ayant tendance à récidiver et se généraliser jusqu’à la mort.

Plus simplement, le cancer est un terme général désignant toutes maladies pour lesquelles certaines cellules du corps humain se divisent d’une manière incontrôlée. Les nouvelles cellules résultantes peuvent alors former une tumeur maligne ou se propager à travers le corps.

Les Sénégalais, dans leur écrasante majorité, y compris les malades eux-mêmes, ignorent cette maladie. Pour en avoir le cœur net, nous avons partagé quelques moments avec des malades suivant une chimiothérapie à l’hôpital Aristide Le Dantec. Nous sommes le mardi 09 février, à quelques encablures de midi, le soleil commençant à darder ses rayons et présageant déjà d’un après-midi caniculaire. Les accompagnateurs des malades, par groupes de trois, quatre, voire cinq personnes échangent dans un climat assez bon enfant. Tout le contraire du silence de cathédral prévalant dans la salle d’hospitalisation ; silence entrecoupé, de temps à autre, par les défilés incessants des médecins en blouse bleue et du personnel en vert. Nous nous approchons de Moustapha Guèye, 30 ans, originaire de Guadébidew, près de Kébemer, malade du cancer depuis deux ans. Nous lui demandons, en wolof (il est illettré) que veut dire le cancer ? Sa réponse coule de source « J’ai même appris très tardivement que j’aie le cancer, je ne le savais pas. Jusqu’à présent, même en étant hospitalisé, je n’arrive pas à comprendre cette maladie. J’ai demandé le sens en wolof, mais personne, même les docteurs n’arrivent à me le dire très clairement. Maintenant, à cause du français, les gens ne comprennent plus les langues nationales ».

Origine des cancers

L’origine des altérations qui modifient les gènes suppresseurs (entraînant la maladie) est multiple. On les classe généralement en deux grandes catégories, exogène et endogène.

L’origine exogène correspond à toutes les expositions environnementales auxquelles un organisme est soumis. Cela va du tabac aux ultraviolets du soleil en passant par l’amiante, les radiations gamma, l’alcool et de nombreuses autres substances auquel un individu est exposé volontairement ou involontairement. De toutes les causes du cancer, le tabac est le facteur cancérogène le plus important (voir interview). Tous les malades (hommes) rencontrés à l’hôpital ont affirmé être des fumeurs « Je n’ai jamais bu de l’alcool, par contre je fumais beaucoup, c’est d’ailleurs quand je suis tombé malade que j’ai arrêté de fumer. Je ne pensais pas au cancer, mais je savais bien que la cigarette est dangereuse pour la santé. Je craignais surtout qu’elle me bousille mon poumon » témoignera Doudou N’Gom, 37 ans, marié à deux femmes dont l’une d’elle est son accompagnatrice. D’après le rapport d’activités 2008/2009, dans le taux de mortalité par cause (par 100 000 habitants), la prévalence de l’usage du tabac chez les adolescents (13-15 ans) est de 16,6% contre 24,1% chez un homme adulte. Selon toujours le même rapport, sur 100 000 habitants, 146 meurent des cancers.
Les altérations d’origine endogène sont provoquées, en partie, par des molécules réactives à l’oxygène. Chaque jour, notre ADN subit des millions d’agressions de la part de ces molécules, mais dans la très grande majorité des cas, celles-ci sont réparées de manière très efficace. Néanmoins, il suffit d’une défaillance dans la réparation d’un gène important pour enclencher ou continuer un processus de transformation cellulaire. La pollution, le tabac, l’alimentation, l’alcool, les radiations etc, sont des facteurs de risques exogènes ou environnementaux les plus répandus.

Génétique et cancer

Les cancers ont pour origine une modification quantitative ou qualitative de nos gènes. La plupart des cancers ne sont donc pas eux-mêmes héréditaires, seul un terrain plus ou moins favorable pouvant l’être. Les cancers familiaux (10% des cancers humains) sont associés à une altération constitutionnelle d’un gène. Cette altération est donc présente dans toutes les cellules de notre organisme. Elle peut être transmise à la descendance. Il n’a, cependant, été relevé aucune trace d’hérédité chez les patients que nous avons interrogés ainsi que l’atteste Sokhna N’Diaye, 40 ans, originaire de Diourbel, 05 enfants, malade du cancer depuis maintenant depuis 09 mois « Non, mes parents n’avaient pas de cancer. En tout cas, je ne suis pas au courant, Je viens de découvrir ce qu’est le cancer. Mes parents sont vivants et aucun d’eux (je touche du bois) n’est malade. Moi, j’ai le cancer du sein ce qui n’est pas le cas de ma mère ni d’un autre membre de ma famille maternelle ou paternelle ».

Typologie

Il existe plusieurs types de cancers : cancer du prostate, du sein, du foie, du col, du pancréas, de l’enfant… Le cancer du col de l’utérus provoqué par une infection virale est le plus fréquent au Sénégal, chez les femmes notamment. Selon le rapport d’activités 2008-2009 de l’hôpital Aristide Le Dantec, sur au total 1372 cas, les statistiques donnent ce qui suit :

En chirurgie, sur 462 patients, 215 cas de cancers du col sont enregistrés soit 46,5%, 114 cancers du sein, Autres : digestifs, parties molles, cutanés… ; 30 décès soit 6,5%.

En chimiothérapie, sur 2061 cures (344 patients), on note : 1131 pour cancer du col (55%), 214 pour cancer du col, 185 pour cancer de l’ovaire, 160 pour cancer de l’hypopharynx, 111 pour lymphome, 260 pour les autres locations.

En radiothérapie, on signale sur 566 patients, 41% de cancers du col, 30% de cancers du sein, 11% de cancers orl et 18% pour autres.

Le cancer du col de l’utérus qui est le plus fréquent existe ou augmente à cause surtout des mauvaises conditions d’hygiène et de l’absence de diagnostic précoce. La plus grande partie des femmes atteintes par ce cancer en meurent.

COUT DE LA PRISE EN CHARGE

CHMIOTHERAPIE : 200 000 à 1 500 000 f CFA

CHIRURGIE : 300 000 f CFA

RADIOTHERAPIE : 150 000 f CFA

BILAN : 300 000 f CFA

TOTAL : 950 000f CFA à 2 250 000 f CFA

Ceux qui sont malades du cancer se prennent en charge totalement. Vu le coût exorbitant lié au traitement du cancer, les familles des malades s’en sortent difficilement. Certains malades vendent leur terrain, leur maison, leur voiture ou tout autre bien en leur possession. Ils en appellent tous au soutien de l’Etat « Les frais médicaux sont excessivement chers, on n ‘arrive pas à y faire face. On ne demande que ça ; si l’Etat peut nous aider à prendre en charge tous les frais, c’est tant mieux. Sinon, s’il peut en prendre une partie, on ne crachera pas dessus. Dans tous les cas, on a besoin d’aide sinon, on ne s’en sortira pas. Si tu ne travailles pas et que tu dépenses le peu que tu as, il est évident que si on ne t’aide pas, tu ne pourras pas t’en sortir » plaide Moussa Camara, 47 ans, habitant Pikine Guinaw-Rail. Même son de clon chez cet autre alité « C’est nous qui nous prenons en charge intégralement. J’ai dépensé pour le moment 150000f en frais médicaux, il faut continuer à prier Dieu pour qu’il nous donne les moyens de nous prendre en charge, c’est ça l’essentiel. L’Etat peut voir, selon ses disponibilités financières, dans quelle mesure nous aider parce qu’on a vraiment besoin de soutien, d’assistance. Si mon mari qui m’a accompagné était là, il aurait pu vous renseignez mieux car moi, je suis un peu fatiguée et parfois les idées me manquent. S’il y a vraiment quelque chose à ajouter, c’est d’insister sur l’appui de l’Etat, si le gouvernement ne nous aide pas, il sera très difficile pour nous de nous en sortir ».

Selon les experts, le risque de développer un cancer pourrait potentiellement être réduit jusqu’à 40% si des mesures de prévention associées à des changements de modes de vie, comme une consommation d’alcool limitée, une alimentation saine ou l’arrêt du tabac, étaient mises en place.


PR MAMADOU DIOP, DIRECTEUR DE L’INSTITUT DU CANCER À L’HÔPITAL ARISTIDE LE DANTEC : «Le cancer va tuer plus que le Sida, la tuberculose et le paludisme cette année»

A l’occasion de la journée mondiale contre le cancer, l’expertise de Mamadou Diop, Professeur de médecine, chirurgien et cancérologue de formation, Directeur de l’Institut du cancer à l’hôpital Arisdite Le Dantec, a été sollicitée pour bien cerner cette maladie aux contours complexes. Entretien…

Pr la Journée mondiale contre le cancer s’est tenue le 04 février, le Sénégal ne l’a pas célébrée, pourquoi ?

Le Sénégal ne l’a pas célébrée parce que le 3 février, c’était le Magal. Ce qui avait été décidé entre le ministère de la Santé et la Cellule sénégalaise de lutte contre le cancer, c’est de faire une sorte de randonnée pour sensibiliser les populations, les pouvoirs publics sur la gravité de cette maladie mais les manifestations auront lieu le 14 février. Il y aura normalement un point de presse le 12 février.

Origine de cette maladie ?

Le cancer est une maladie de la cellule, c’est une maladie génétique. Vous savez qu’il y a des milliers de cellules au niveau de l’organisme qui se renouvellent tous les jours.

Qui dit renouvellement de cellules dit division cellulaire, il y a une commande et une régulation de celle-ci au niveau de l’ADN. Le cancer provient d’un dérèglement de cette régulation de la division cellulaire qui fait que les cellules vont se multiplier de manière anarchique, sans contrôle de l’organisme. Cela va donner une tumeur maligne qu’on appelle cancer. Et cette tumeur a des caractéristiques puisqu’elle va détruire son environnement, pénétrer dans les vaisseaux sanguins et par le biais de la circulation sanguine, pouvoir se localiser n’importe où au niveau de l’organisme et donner une localisation à distance de la tumeur initiale, donc une généralisation et c’est ce qui tue.

Le cancer fait rage dans les pays du Sud, qu’en est-il au Sénégal ?

L’augmentation de l’espérance de vie et les changements du mode de vie depuis longtemps, font qu’il y a une augmentation de l’incidence du cancer. Dès cette année, selon l’Oms, le cancer va tuer plus que le sida, la tuberculose et le paludisme. Il y a donc un changement d’épidémiologie, les maladies infectieuses sont en net recul, mais les maladies chroniques vont poser beaucoup de problèmes dans les années à venir.

Peut-on considérer le tabac comme le risque cancérogène le plus important?

Oui, le tabagisme actif ou passif constitue le facteur de risque le plus important dans la survenue du cancer. Il y a les infections aussi, donc il faut continuer à lutter contre, puisque le sida, du fait de la diminution des défenses humanitaires, va favoriser la survenue de certains cancers comme le cancer du foie qui est le plus fréquent au Sénégal. Il y a aussi le facteur alimentaire, une alimentation déséquilibrée, trop riche en viande, en matière grasse et qui est pauvre en légumes et sans fruits est une alimentation à risque favorisant le cancer. Il y a également le défaut d’activités physiques ; car une activité physique régulière protège contre le cancer. Enfin, il y a une part de génétique. C’est donc quelque chose de multiforme, multifactoriel, ce qui explique toute la difficulté de la lutte contre le cancer.

«Prévenir le cancer, c’est possible», c’est le thème de cette année, comment prévenir le cancer?
Prévenir le cancer c’est très important, un cancer sur deux peut-être prévenu. Je vous ai parlé de vaccination, d’alimentation, de tabac, consommer modérément de l’alcool, faire attention à son alimentation, manger beaucoup de légumes et de fruits, avoir une activité physique régulière, éviter le surpoids qu’est l’obésité, ce sont là des recommandations qui réduisent le risque d’avoir un cancer mais le risque-zéro n’existe pas.

Source L'Observateur

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Mercredi 10 Février 2010




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