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Baccalauréat 2007 : Jour J-1 Ruée vers les marabouts et charlatans

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Le compte à rebours pour les examens est enclenché depuis belle lurette. Les dates d’examen sont arrivés à échéance. Même si pour certains (les candidats au Bfem) ce n’est pas encore le branle-bas de combat. L’apprentissage et les révisions qui constituent la clé de la réussite demeurent la seule constante, mais le mysticisme occupe aussi une place de choix. Et évidemment ce sont les parents, surtout les mamans, qui en sont les grands adeptes. Uniquement pour maximiser les chances de leur candidat et ainsi garantir leur succès.



Baccalauréat 2007. Jour J moins un. Les candidats sont sur le «pied de guerre». Les mamans aussi. Dans nos sociétés africaines, quand on a un candidat chez soi et quel que soit l’examen qu’il prépare, toute la famille est solidaire. Soudée et unie comme jamais. Chacun y va de sa partition pour soutenir le candidat. C’est à qui mieux mieux. Si les uns prodiguent des conseils ou jouent aux répétiteurs, d’autres par contre, en l’occurrence les mamans, usent d’artifices plus «mystiques». Les demeures des chefs religieux et autres marabouts se muent en lieux de prédilection pour les mamans. Car, comme l’explique Aminata, cette mère de famille rencontrée à la Médina, «quand on a un enfant qui passe un examen, cela devient une affaire personnelle. Surtout quand on vit dans une famille polygame. Car dans ce cas précis la rivalité peut ne pas se limiter aux seules mamans, les enfants aussi peuvent le vivre directement». En effet, continue cette dame, deuxième de son état, «quand l’aîné de ma co-épouse a réussi au Bac, je me suis dit que coûte que coûte il fallait que mon fils aussi décroche son examen et je n’ai pas lésiné sur les moyens pour mettre toutes les chances de son côté. J’ai déboursé près de 150.000 Fcfa entre le «listikhar»(voyance religieuse), les eaux bénites, les gris-gris et amulettes de toutes sortes». «Heureusement pour moi, il a réussi sinon j’aurais été la risée de ma co-épouse et pour mon fils pareil car il subirait les quolibets et autres moqueries de ces demi-frères et sœurs. Eh oui, car même si on se dit «moderne» et très avancé mentalement, nos réalités sont bien africaines» termine t-elle.

La foi et l’apprentissage, nos meilleurs alliés

A contrario, ces jeunes filles rencontrées au lycée Kennedy emboucheront la trompette de la…foi. Élèves en Terminal S pour les unes et en Terminal L pour les autres, elles affichent le désintérêt quant à cette question. Trouvées qui sous un arbre, qui dans la cour du lycée, sur un banc, elles révisaient tranquillement. D’autres lycéennes, venues récupérer leurs bulletins de second semestre, profitaient de l’atmosphère estivale. «Libérées» après 9 mois ou presque de dur labeur, elles essaimaient un peu partout. Dans une ambiance très studieuse, cahiers et notes éparpillés un peu partout, elles révisent en groupe. Timides à notre approche, elles étaient avares en paroles. À l’exception de l’une d’elles qui s’est prêtée à nos questions et qui a satisfait notre curiosité. Zen malgré l’imminence du jour J, cette élève en Terminal L2, la vingtaine, qui a préféré garder l’anonymat, repose tous ses espoirs sur la foi et les études. «J’apprends mes cours et j’utilise souvent le Coran car, sincèrement, je ne crois pas aux gris-gris et autres», confesse t-elle. Mais, avoue t-elle sur le ton de la confidence, «j’ai apporté deux stylos chez Serigne Mansour pour qu’il les bénisse». D’autres candidates trouvées sous un arbre, abonderont dans le même sens. Pour elles, «seul l’apprentissage paie». Le chapelet et le diplôme du baccalauréat semblent être les dénominateurs communs chez ce groupe de jeunes filles. Talibés de «Baye Niasse», elles croient dur comme fer que l’apprentissage et les prières à travers le «wird» (formules incantatoires) constituent leurs meilleurs alliés. Quid des gris-gris et autres eaux bénites? Elles sont unanimes. : «Nous ne croyons pas en ces charlatanismes ». «Pour ce qui me concerne personnellement, ma maman ne s’occupe pas de cela. Pour preuve, je l’ai laissée à la maison. Elle était occupée à faire ses valises car elle part en voyage. Elle ne sera donc pas là pendant toute la durée de mes examens», termine t-elle.

«Nous ne faisons que formuler des prières, pour le reste, nous laissons cela entre les mains de Dieu»

Comme le dit l’adage, «pour puiser de l’eau, il faut aller à la source». Pour D. Guèye, un marabout résidant dans la banlieue, un examen : «c’est avant tout les capacités intellectuelles du candidat». «Les marabouts ne font que formuler des prières, faire des «listikhars», donner des gris-gris et de l’eau bénite pour des bains», révèle-t-il. Continuant dans son argumentaire, il explique : «Au début, je donnais des stylos aux candidats, mais j’ai arrêté de faire cela car ce n’était pas assez efficace à mes yeux». Mais, tient-il à préciser, «il ne faut pas se fier tout le temps aux gris-gris et consort. Nous en prodiguons certes, mais le mystique ne peut être efficace sans la volonté de Dieu. Car il est nécessaire de repréciser que les versets qui servent à la composition de ces talismans, amulettes et autres eaux bénites nous viennent de Dieu», conclut-il.

L’attirail mystique est-il efficace ou inefficace?

Les avis divergent. Si les uns sont d’avis que le mystique est une utopie, d’autres, plus conservateurs, pensent que cela est nécessaire pour protéger son enfant et maximiser ses chances de réussite. Pour cette enseignante au lycée Kennedy, «quand on est un intellectuel, on ne doit pas trop croire au mysticisme. Il est préférable d’encourager son enfant à étudier plutôt que de le laisser aller à la facilité en lui promettant qu’il réussira grâce aux bénédictions d’un marabout. C’est trop utopique, à mon avis». Mme Ndiaye, elle, penchera pour l’autre option. «Le mysticisme, j’y crois. Car nul ne va dépenser son argent auprès d’un marabout pour ne rien gagner en retour. En plus, mieux vaut prévenir que guérir. Les mauvaises langues pullulent. Moi, j’ «arme» mes enfants mystiquement. En leur donnant des bains, des gris-gris et autres. Mais, je ne franchis jamais le rubicond en leur recommandant, comme le font certains marabouts, de ne pas saluer leurs camarades, le matin du jour de l’examen. Cela est extrême et par ailleurs très stigmatisant pour le candidat concerné».

NDÈYE FATOU SECK
Source: Le Soleil

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Samedi 7 Juillet 2007


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