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BOULEVARD DU CENTENAIRE : Un ancien quartier bourgeois défiguré par la présence chinoise

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Décor triste : cartons par-ci, sachets par-là. Et puis les incontournables badauds. Ceux qui ont connu, il y a de nombreuses années, le boulevard du centenaire, anciennement appelé boulevard général de Gaule, ne s’y retrouveraient plus aujourd’hui. C’est que ce quartier bourgeois du Dakar des années 1960 est en train de se muer petit à petit en un second Sandaga, le haut lieu du négoce dakarois, le paradis de l’informel, des vendeurs à la criée, de la débrouillardise, de l’exiguïté et de tous les mystères.



BOULEVARD DU CENTENAIRE : Un ancien quartier bourgeois défiguré par la présence chinoise
A l’image du marché Sandaga, les commerçants chinois ont fait du boulevard du Centenaire un centre commercial à ciel ouvert, qui ne se distingue plus de sa voisine rue Emile Badiane que par ses vastes dimensions. Il a suffi cinq ans à peu près pour que les commerçants chinois réussissent à transformer la devanture des maisons du quartier en un marché. Ce faisant, ils ont réussi à s’imposer et à fidéliser leur clientèle, qui reste hétérogène, en leur proposant des produits à des prix imbattables. Dans les coins et recoins de ce boulevard, les boutiques se suivent et se ressemblent toutes, dans un air de marchandage entre clients et commerçants chinois. L’implantation de ces boutiques a commencé début 2000, pour connaître rapidement une ascension fulgurante. Les propriétaires des maisons sont d’anciens cadres des années post-indépendance, aujourd’hui en retraite. Les habitants transforment donc leurs patios, garages ou encore leurs rez-de-chaussée en boutiques pour les louer de préférence aux Chinois à prix d’or. Un magasin de 16 m2 environ est cédé à 300 000 francs par mois. Heureuse retraite pour les anciens fonctionnaires du quartier !
Certaines familles ont cédé deux ou trois magasins aux Chinois. Cette manne leur permet d’arrondir leurs pensions de retraite. Même les Sénégalais qui possédaient des magasins sur l’avenue, les ont perdus au profit des Chinois qui paient cher. Et vendent presque toutes sortes d’articles, surtout des vêtements, spécialement féminins : des justaucorps (body) accrochés sur des cordes, les chaussures de femmes sur les comptoirs, les jouets, les assiettes, voiles, photos de marabouts, etc.

Conséquence des attroupements : nuisance, pollution sonore et atmosphérique, manque d’intimité chez soi, odeurs nauséabondes, selon les riverains. Et c’est là le cortège de maux que traînent les riverains.

Dans cet attroupement monstre, une grosse et belle voiture de couleur rouge ‘Expédition’, arrive et roule au ralenti. Puis réussit à se garer. Une dame forte, en boubou bazin, ouvre la portière et descend, immédiatement suivie de quelque cinq membres de sa famille. En groupe, ils vont d’étal en étal pour essayer des chaussures et passent suffisamment de temps à chercher quelque chose qui convienne à leur goût. Cette famille n’est pas un cas isolé. Aliou Ndiaye, un riverain remarque : ‘Les clients des Chinois sont de toutes les couches sociales. Vous voyez ici quelquefois les Mercedes dernier modèle qui se garent et dont les propriétaires sont à la recherche d’un certain nombre d’ustensiles ou de produits chinois spécifiques. Des choses qui sont assez rares quand même, comme des nappes de tables, des plateaux. Il y a plein de choses qu’ils recherchent.’ En raison de la modicité de prix de leurs produits, les Chinois ont réussi à fidéliser leur clientèle qui reste hétérogène. Derrière leurs comptoirs, ils encaissent discrètement leurs recettes. Ils sont le plus souvent deux ou trois dans la même boutique, parfois jusqu’à six.

En général, on trouve un peu de tout dans les boutiques. Mais certains de ces commerçants se sont spécialisés dans la vente exclusive soit de sacs, soit de mèches, de chaussures, de vaisselle, d’horloges ou de photos de marabouts sénégalais de tous les formats. ‘Il semblerait que c’est de la pacotille, mais les gens apprécient bien cette pacotille parce que ça ne coûte pas cher. Moi, je ne me plains pas. Parce que quelque part, si je dois acheter les chaussures à 10 000 F ou 15 000 F, je les achète chez les Chinois à 2 500 francs ou 3 000 francs’, explique Mamadou Lamine Cissé, un autre riverain. ‘A la rentrée, les sacs des enfants qui coûtent 15 000 F ou banalement 20 000 F dans certains commerces, on peut les avoir ici à 1 500 F ou 2 000 F Cfa. Même si ça dure un an, c’est déjà bon !’, renchérit l’ami de Lamine Cissé Même conscients de la piètre qualité des produits chinois, les clients ne régressent pas. ‘Les produits chinois nous conviennent puisque ce n’est pas cher. Si les autres produits étaient abordables, on les préférerait à ceux des Chinois qui ne durent pas longtemps. Quand il n’y avait pas les Chinois, l’habillement coûtait très cher. Comme les Chinois sont là maintenant, nous en profitons’, dit Mme Bâ, une ménagère venue se ravitailler.

‘Nos produits ne sont pas bons, mais ils ne sont pas chers non plus. Là où nous, Chinois, cherchons 500 F de bénéfice, les commerçants sénégalais veulent 2 000 F. Et puis avec notre arrivée, toutes les femmes peuvent acheter les chaussures et les sacs qui avant coûtaient 25 000 F, 45 000 F Cfa’, se défend Huzhi Mao un commerçant chinois, une cigarette entre l’index et le majeur.

Mong Chang Xiang, autre commerçant chinois, abonde dans le même sens : ‘Ce n’est pas de bonne qualité, mais c’est moins cher aussi. Les Sénégalais aiment ce qui est moins cher. Si j’apporte les produits de bonne qualité, qui va les acheter ?’, s’interroge-t-il, avant de préciser : ‘Ce n’est pas tous les produits chinois qui ne sont pas de bonne qualité.’ Un jeune sénégalais, gérant d’une boutique familiale de produits chinois, de s’inviter dans le débat. ‘En Chine, il y a trois modèles : le modèle G8, le modèle asiatique et le modèle tiers-monde. Les Chinois apportent le modèle tiers-monde au Sénégal. Nous, nous apportons le modèle asiatique’.

Pour certains consommateurs, en revanche ce n’est pas qu’une question de qualité, mais surtout d’entretien ou de chance. ‘Je crois que c’est un problème d’entretien. Moi j’ai acheté des horloges qui fonctionnent depuis près de trois ans et ils continuent de fonctionner encore’, renseigne ainsi Amadou Guèye, habitant du boulevard. ‘Dans le temps, ces horloges, ce sont les commerçants sénégalais qui les importaient de Chine et les revendaient à 18 000 F ou 20 000 F. Mais aujourd’hui, nous les avons à 2 500 F, 3 000 F maximum. Du point de vue prix en tout cas, les Chinois vendent dix fois moins cher que les gens de l’Unacois’, a-t-il ajouté.

Tout se passe dans un environnement malsain. Sachets, cordeaux, cartons traînent par terre, éparpillés par le vent. Les eaux usées sont versées sur le trottoir par les vendeuses de riz présentes sur le site. Les caisses de dibiterie sont aussi incontournables, au pied des arbres alignés le long du boulevard. On peut aussi étancher sa soif grâce aux vendeurs d’eau fraîche. La présence des échoppes chinoises a favorisé l’arrivée de détaillants, des jeunes hommes qui viennent vendre désormais sur le boulevard et peuvent gagner par jour entre 10 000 F ou 15 000 F Cfa. Or à Sandaga, où ils étaient précédemment installés pour la plupart, ils gagnaient moins. A côté des détaillants, quelques rares commerçants sénégalais ont loué des magasins, dans le but de vendre les produits chinois dans les mêmes conditions. Mais pour l’essentiel, ils ne disposent pas des meilleurs emplacements possibles.

Source: APS

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Samedi 22 Mars 2008





1.Posté par vladmir le 22/03/2008 20:57
C'est bien dommage. Tout dakar est entrain d'être "cantinisé" Toutefois les niveaux de responsabilité sont nombreux( Proprietaires de maison, pouvoir publics , consommateur etc )
Faites aussi un tour à colobane , marché hlm pour vous rendre de l'ampleur du mal .C'est comme si toute la ville est subitement devenue " commerçant"
Peut-être qu'un économiste peut m'expliquer comment font tous ces commerçant pour réaliser des bénéf

2.Posté par musa le 23/03/2008 01:16
Le journaliste qui a fait ce reportage doit certainnement etre de thiaroye guinaw raye quand est ce que centenaire fut un quartier de bourgeios?Ces anciens fonctionnatre de l'etat sont d'une part responsable de la situation dans laquelle se troue le pays

3.Posté par kocc le 23/03/2008 09:09
Mes chers journalistes, faites un petit effort de recherche : le boulevard du centenaire est le nouveau nom de l'ancienne route de Rufisque. Le boulevard general De Gaulle porte toujours ce nom et s'appelait avant Allees du Centenaire. Votre role est de donner une bonne information et non d'apporter la confusion.

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