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BOUBACAR SECK DU CONGAD:«La société civile doit avoir un droit de regard sur les mécanismes d’octroi de l’Aide Publique au Développement»

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"La société civile doit avoir un droit de regard sur les mécanismes d’octroi de l’Aide Publique au Développement (Apd), les secteurs cibles, mais aussi sur les réalisations effectives à la base". Cet avis est de M. Boubacar Seck, directeur par intérim du Congad, qui s’exprimait lors d’un séminaire sur l’aide publique au développement tenu à Thiès. Dans l’entretien qui suit, M. Seck nous lève un coin du voile sur l’Apd et ses conséquences néfastes sur le décollage des pays du sud. À l’en croire, les populations à la base, à travers la société civile, doivent exercer un droit de regard sur l’aide publique au développement pour plus d’efficacité.



BOUBACAR SECK DU CONGAD:«La société civile doit avoir un droit de regard sur les mécanismes d’octroi de l’Aide Publique au Développement»
Que dites-vous à ceux qui avancent que l’aide publique au développement n’a jamais aidé un pays à se développer ?

Boubacar Seck

Ce que l’on constate, c’est que les transferts de nos migrants qui sont dans les pays du nord sont supérieurs à l’Apd et qu’il y a des prélèvements sur ces transferts qui sont opérés par des entreprises du nord, dans le cadre des transferts de fonds. À un moment donné, nous nous sommes rendus compte que certains pays bénéficiaires remboursent beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent des pays du nord. Autre remarque, l’aide publique au développement n’est pas assez importante ni suffisante pour atteindre les objectifs du millénaire en matière de développement et même permettre à nos pays d’avoir les bases nécessaires pour un développement.
Et je prends un exemple précis sur le fait que les pays du nord s’étaient engagés à porter l’aide publique au développement à 0,77% de leur Pnb, et jusqu’ici, on est à 0,22%. Ainsi, on se rend compte qu’il y a un recul par rapport à la période des années 70. Il y a 30 ans, cette aide publique au développement était plus importante. Cela veut dire qu’il n’y a pas une volonté politique suffisamment forte pour appuyer les pays du sud à conduire les réformes nécessaires, mais aussi à asseoir les bases d’un développement durable. Lorsque nous négocions avec les pays du nord, il faut s’assurer qu’il y ait des clauses nous permettant de prendre en charge les coûts d’ajustements de nos filières de production.
On ne peut pas décemment demander à un agriculteur sénégalais d’être en compétition avec un agriculteur français qui bénéficie de subventions et d’autres formes de soutiens internes. On ne peut pas ouvrir nos marchés dans ces conditions-là. La règle de base consisterait à leur dire : puisque vous voulez qu’on ait un espace de libre-échange, donnez-nous les ressources nécessaires pour permettre à notre agriculture de se moderniser, de se mettre à niveau et d’être en mesure de soutenir la compétition avec vos producteurs.

À vous entendre parler, on a l’impression que l’Apd, au lieu d’aider les pays africains à s’affranchir et à se développer conformément aux objectifs de l’aide, les appauvrit et les assujettit davantage.

C’est cela le drame de l’aide publique au développement. Nous avons édité deux ouvrages et l’un des ouvrages, nous l’avons intitulé : « Nous ne devons rien ». En effet, on a fini de comprendre que, dans certains pays, l’on rembourse plus que l’on ne reçoit, dans le cadre de l’Apd. Dès lors, il est important, en analysant la question de l’aide, d’en examiner également les conséquences néfastes.

Ne pensez-vous pas qu’il faut requalifier l’aide publique au développement pour en ressortir l’aspect remboursable, d’autant plus que c’est la somme des fonds alloués dans le cadre de l’Apd qui constitue en partie la dette des pays bénéficiaires ?

Nous avons plusieurs soucis. D’abord, l’aide publique au développement doit être orientée vers les secteurs choisis par les pays bénéficiaires. Ensuite, elle doit épouser les besoins et les aspirations des populations et des décideurs. Enfin, on doit s’assurer que cette aide arrive réellement à la base. En prenant l’exemple de l’éducation, l’aide doit se traduire en termes de manuels, de renforcement de capacités des enseignants, d’amélioration de l’environnement de l’école et d’atteinte des objectifs en matière de qualité d’accès et de maintien des élèves à l’école. L’autre élément qui me semble important, c’est que nos pays doivent développer des capacités de négociations qui leur permettent de s’accorder avec ces partenaires sur la nécessité d’orienter les ressources vers la construction d’un développement humain durable. C’est absolument nécessaire.

Est-ce que vous pensez que les pays donateurs ont vraiment intérêt à ce que l’Apd serve à appuyer véritablement un développement durable des pays du sud ?

Les pays donateurs ont leur agenda et leurs objectifs politiques et économiques, nous devons avoir les nôtres parce que le partenariat, c’est une négociation. Dans quelles mesures nous avons les capacités en tant que pays du sud de peser sur la balance des négociations ? C’est là une question essentielle. Il faut qu’on puisse mutualiser les capacités de négociation des pays africains pour peser dans la balance.
Cela doit se traduire dans nos rapports avec l’Omc (Organisation mondiale du commerce, ndlr), l’Union européenne, la Banque mondiale et le Fmi. Je dois rappeler que ce dernier fonctionne essentiellement avec les ressources des pays du sud. C’est donc à nous, acteurs des pays africains, acteurs politiques, acteurs de la société civile et médias, de pousser nos décideurs à se mettre ensemble pour négocier, afin de peser de façon très forte sur les décisions qui sont prises.
Il n’est pas normal qu’en face d’une délégation de la Chine ou des Etats-unis qui comptent des centaines d’experts, qu’on retrouve des délégations de pays africains avec quatre experts pour négocier. Et c’est la raison pour laquelle, nous avons, dans le cadre des accords de partenariat, suggéré à nos gouvernements de donner un mandat de négociations à la Cedeao et à l’Union africaine, etc., pour qu’on puisse parler d’une même voix. Quand on négocie avec l’Europe, c’est avec le commissaire européen qu’on négocie. Il parle au nom des pays membres de l’Union européenne, et ça lui donne un pouvoir extraordinaire, une capacité très forte de peser sur les décisions.

Si l’on vous concède le droit de regard sur l’aide publique au développement, quelle touche personnelle la société civile compte apporter ?

Nous avons été, je pense, suffisamment raisonnables en disant qu’il faut également questionner le rôle des organisations de la société civile dans ce mécanisme-là. Il est par conséquent important de mesurer l’efficacité de l’intervention des Ong qui reçoivent de l’Apd. Le second aspect, c’est que nous sommes des citoyens des pays du sud et nous avons un certain nombre de devoirs. Ainsi, il est absolument nécessaire de promouvoir la participation et le contrôle citoyen au moment de la formulation des politiques publiques, de la négociation avec les partenaires et de la mise en œuvre de ces politiques.
Il faut que chaque citoyen au Sénégal, et partout ailleurs en Afrique, puisse interpeller le maire, le ministre, le président de la République, sur l’utilisation des ressources, aller sur le terrain et voir si effectivement les ressources annoncées pour un secteur précis sont arrivées aux bénéficiaires, pour que, dans 10 ou 20 ans, nos pays puissent avoir les ressources nécessaires pour soutenir la concurrence avec l’Asie. Les pays asiatiques sont passés par là. L’Amérique également et il n’y a pas de secrets. Il faut investir dans la santé, dans l’éducation et dans l’agriculture entre autres, si nous voulons que nos pays ne soient plus dans cette situation où l’on parle de réduction de la pauvreté, alors que l’ambition devrait être d’éradiquer la pauvreté.
C’est possible, parce que le monde n’a jamais été aussi riche ; c’est possible, parce que le monde n’a jamais produit autant de denrées alimentaires. On ne doit pas pouvoir justifier certaines situations qu’on est en train de vivre. Il y a des questions de gouvernance et de partenariat qui doivent être posées. Mais, il est également nécessaire que les populations s’impliquent pour qu’il y ait une participation et un contrôle efficace au-delà de la séparation des pouvoirs.

Qu’est-ce qui justifie cet intérêt subit des Ong pour l’aide publique au développement ?

Ce qu’il y a, c’est que les pays de l’Ocde ont organisé une conférence à Paris pour définir un certain nombre de critères concernant les nouvelles orientations de l’Apd pour plus d’efficacité. Ce qui s’est passé à Paris, c’est que la société civile n’a pas été impliquée au moment de ces discussions. Et nous sommes convaincus qu’on ne doit prendre des décisions aussi importantes au nom des populations du sud sans impliquer la société civile. Et la voix de cette société civile doit être très forte pour se faire entendre. Après tout, les populations sont les premières à ressentir les effets des politiques. Et c’est la raison pour laquelle une initiative a été prise sur la base de ce constat de l’absence de la société civile pour lancer une dynamique de consultation dans différents pays et amener les acteurs de la société civile à se prononcer sur la question, à faire des propositions et des recommandations.
Au niveau du Congad, nous avons eu la chance d’assurer la coordination du réseau des plate-formes d’Ong de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, et nous avons demandé à l’ambassade du Canada, qui a accepté de nous soutenir dans l’organisation d’une consultation au Sénégal. Et ces mêmes consultations se tiennent en même temps dans d’autres pays, avec le soutien d’autres partenaires. Une rencontre est ainsi prévue du 22 au 25 octobre à Cotonou pour faire le point de l’ensemble de ces consultations. Le rapport final qui sortira de tout cela nous servira de document de référence de la société civile de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Un document qui sera présenté aux gouvernements des pays de l’Ocde comme étant le point de vue de la société civile de nos pays sur cette question de l’aide publique au développement.

Source: Le Matin

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Lundi 22 Octobre 2007

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