Après les sommations distribuées pour notifier l'interdiction par l'autorité de la mendicité sur la voie publique, l'entrée en action de la police depuis vendredi dernier a permis de mettre la main sur une centaine de récalcitrants. Dans le bilan arrêté, hier, en milieu de journée, de ces opérations combinées du Groupement d'intervention rapide (Gir), du Groupement mobile d'intervention (Gmi) et de la Sûreté urbaine (Su), pour le compte du Commissariat central de Dakar, on dénombrait 54 adultes, 28 talibés, une dizaine de dames. Ce groupe est composé en majorité de handicapés moteur à bord de leurs fauteuils roulants. Des conséquences ont toutefois résulté de ces arrestations massives de mendiants au niveau des commissariats. Il se pose dans ces endroits un véritable problème de surpopulation des cellules de garde-à-vue et l’encombrement des lieux par les fauteuils des mendiants handicapés.
Aucune disposition n'étant prise pour assurer la nourriture de ces mendiants une fois arrêtés, les commissariats sont confrontés à l'équation de leur restauration. Et si ces mendiants arrivent à se mettre quelque chose dans le ventre, c'est grâce au concours de bonnes volontés. «Notre travail se limite à les arrêter, mais ce n'est pas à nous de leur donner à manger. Et la police n'a même pas ces moyens», explique une source au sein de la police. «Soit ils se paient à manger s'ils ont de l'argent, soit les membres de leurs familles leur apportent de la nourriture», ajoute-t-il. Ce qui risque de poser des problèmes, puisque la plupart des mendiants qui officient à Dakar sont soit étrangers ou des Sénégalais qui viennent des régions de l'intérieur du pays.
Il faut noter que ces opérations d'arrestations qui entrent dans le cadre de la première phase d'assainissement du centre-ville ne concernent que les commissariats de Central, Bel-Air, Plateau et Rebeuss. La deuxième phase des opérations va débuter aujourd'hui dans la proche banlieue (de la Médina aux Parcelles assainies) avec les arrestations. Les sommations ayant été faites hier. Quand à la troisième phase qui concernera la grande banlieue (Pikine, Guédiawaye, Yeumbeul, Thiaroye, Keur-Massar etc.), elle commencera aujourd’hui avec les sommations qui seront faites avant que les arrestations des récalcitrants ne suivent mardi.
Trois maîtres coraniques poursuivis pour le délit de traite de personnes
Les mendiants n'ont pas été les seuls à être tombés dans les filets des policiers en opération pour assainir le centre-ville de ses occupants indésirables. Trois maîtres coraniques qui ont eu la malchance d'être retrouvés sur les lieux, ont eux aussi été arrêtés. Un trio qui risque plus que les mendiants, puisque étant poursuivi pour le délit de traite de personnes. La mendicité a une dimension criminelle avec la traite des personnes, interdite par de nombreuses conventions. Ce sont le Protocole des Nations-Unies de prévention et de lutte contre la traite des personnes, signée en décembre 2000, la Convention relative aux droits de l’enfant signé en 1989 (pour empêcher l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants à quelque fin que ce soit et sous quelque forme que ce soit), la Convention sur les pires formes de travail des enfants de 1999, entre autres. Le fait de faire mendier les enfants dans la rue entre dans ce cadre.
Birane LO
Source Le Populaire