(Envoyées spéciales) - Vendredi dernier, c'était le jour de commémoration de la naissance du Prophète Mouhamed (Psl). Il est 18h passées dans la cité religieuse de Tivaouane. Le moment propice pour des centaines de pèlerins pour effectuer leurs prières aux différents mausolées de Tivaouane. Mais, il en reste de ces pénitents disciples de Maodo. Un tour à la gare ferroviaire désaffectée de Tivaouane nous a mené à la découverte des badauds et autres sorciers venus, eux aussi, faire leur «gamou».
Le terrain qui fait face à la gendarmerie de Tivaouane est aménagé par des férus de jeux de hasard, des restauratrices, mais aussi des sorciers venus épater ceux qui voudraient bien leur accorder une petite attention ou intérêt. De petits cercles se forment juste à proximité des rails.
Au centre, ce qui s'y passe suscite la curiosité de tout passant. Concentrés, la tête penchée vers l'avant, les curieux n'ont d'yeux que pour cet espace restreint. Hommes, femmes et même des enfants espiègles reculent de temps à autre. La peur se lisant sur leurs visages, ces badauds contaminent tout piéton passant par là. On ne peut s'empêcher d'essayer de savoir les raisons d'une telle attraction.
«Guerrier leu, guerrier leu... » (c'est un téméraire), lancent en chœur trois jeunes hommes, ébahis par la démonstration du sorcier. La quarantaine sonnante, un magicien bambara s'adonne à son show. Tenue affreuse, bardé d'un arsenal de talismans noués autour des reins, il émeut plus d'un. Gros couteau en main, il se coupe lèvres et oreilles. Il faut avoir le cœur bien accroché pour regarder une telle scène d'automutilation. Et pourtant, il ne lui arrivera rien à ce magicien. Monsieur est bien préparé mystiquement. Son accoutrement bourré de diverses choses mystiques, il se glorifie d'être invulnérable à tout objet tranchant.
À quelques pas de là, un Nigérien fait des exploits dans ses jeux de hasard. Cette fois-ci, c'est un serpent qu'il dompte. Un gros boa. Pour convaincre davantage, Boubacar Cissé qui vient de Pikine rue 10, a choisi un enfant de 11 ans. Le pauvre gamin va être le cobaye. Sans arrière-pensée, il se lancé dans une aventure risquée.
Les yeux hagards, incapable de dissimuler sa crainte, le petit qui doit échapper à la vigilance de ses parents s'est laissé traverser plusieurs fois par un couteau. Sans aucune coupure, ni petite blessure, le maître ensorceleur convainc ses spectateurs.
L'ambiance est tendue. On retient son souffle. Les poltrons prennent leurs jambes à leur cou pour échapper au charmeur de serpent. Aussi bizarre que son collègue d'à côté, ses prestations attirent le plus de monde. Et il est conscient de la peur bleue que son serpent flanque aux gens. Le sorcier haoussa en rigole.
«Un homme averti en vaut deux. Moi, je m'en vais et je ne m'aventurerai plus à regarder ce genre de spectacle. Ces sorciers, surtout celui qui est avec le serpent, ne sont pas humains et ce n'est jamais sûr...», lance un jeune homme s'éloignant à grande allure du cercle des curieux. Le temps qu'il traverse les rails pour passer de l'autre côté de la gare, un fait insolite lui donne raison. En effet, l'endroit est comme pris dans un feu ardent, et c'est la débandade totale. C'est le sauve-qui-peut, chacun prend la direction vers laquelle il espère trouver son salut.
Fatigué de courir après un 100 m plat, ce garçon s'arrête, se retrousse les manches et s'interroge : «Mais pourquoi tout le monde court ? Que se passe-t-il ?» Entraîné par les
Fuyards, il ne s'est pas donné le temps de comprendre ce qui a provoqué cette course éperdue. Il a juste vu les gens fuir et il a pris ses jambes à son cou.
«Approchez le serpent ne vous mordra jamais»
Se sentant à présent loin du danger, le froussard justifie son attitude : «Ce ne sont pas les policiers, mais un serpent c'est pire. Ce sont ces gens qui assistent à ces scènes de pratiques mystiques qui sont à l'origine de tout cela. Le Sénégalais est de nature à vouloir savoir tout ce qui se passe et cela peut lui coûter très cher.» Et poursuit-il, «je voulais passer par là, mais par prudence, je vais faire un détour, même si cela va me prendre plus de temps.»
Pas du tout découragés par ce qui vient de se passer, ils retournent sur leurs traces et rejoignent de nouveau le charmeur de serpent. Ce dernier, s'étant bien amusé à rigoler du 100 m des uns et des autres, précise que c'est juste pour chahuter qu'il a lâché le serpent. «Jamais je ne vous ferai du mal, je veux juste m'amuser avec vous, rassurez-vous », tranquillise-t-il dans un wolof des plus approximatifs. Pour quelques moments, il fait oublier son reptile et reprend ses activités de sorciers.
Source Walf Grand Place