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Alioune Tine De La Raddho : « Il Faut Faciliter L’audition De L’anoci »

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Le coordinateur de la Rencontre africaine pour les droits de l’homme (Raddho) Alioune Tine sort de son silence pour se prononcer entre autres sujets, sur le débat de l’heure : l'audition ou non de l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence islamique dont son organisation est membre du Conseil de surveillance. Il pense que l’Assemblée nationale doit auditionner aussi bien l’Anoci que toutes les autres agences de ce genre, en dehors de toutes considérations politiciennes. Entretien…



Alioune Tine De La Raddho : « Il Faut Faciliter L’audition De L’anoci »
Le Matin

Il est beaucoup question des problèmes de gestion de l’Agence nationale de l’Oci (Anoci). Vous qui appartenez au Conseil de surveillance de cette structure, comment analysez-vous la situation ?

Alioune Tine

Pour bien comprendre l’intérêt que suscite la gestion de l’Anoci, il faut faire un feed-back sur la gestion d’un autre grand chantier qui, à l’époque avait suscité beaucoup d’intérêt par sa politisation ; je veux parler des chantiers de Thiès. Vous savez très bien que les chantiers de Thiès avaient un enjeu extraordinaire sur le plan politique, financier et pour les entreprises. On ne peut pas dire que quelqu’un comme Idrissa Seck n’a pas tiré un profit politique de la gestion des chantiers de Thiès.
Malgré tout ce qu’il y a eu, si sa réputation reste intacte, si les Thièssois l’ont soutenu comme on l’a vu lors de la dernière élection présidentielle, c’est bien entendu à cause des chantiers de Thiès. Malgré les dénonciations, il y a également eu la politisation de ces chantiers. Depuis lors, il me semble que tous les chantiers de l’Etat seront surveillés. Il y a dans les chantiers de l’Anoci un grand enjeu politique pour le président de République lui-même en dehors de la personnalité de Karim Wade, c’est son intérêt pour les infrastructures. Je pense qu’au plus profond de lui-même il pense au legs, à l’héritage qu’il laissera à la postérité. Il existe aussi des enjeux financiers extraordinaires car depuis l’indépendance nous n’avons pas eu affaire à des travaux de cette envergure qui aient mobilisé autant de fonds. L’ampleur et la nature des chantiers qui sont très complexes sont un enjeu diplomatique mais aussi pour les entreprises.
Il ne faut pas oublier l’enjeu politique car il est évident que la connexion qui existe entre la Génération du concret et les travaux de l’Anoci va susciter des ripostes politiques à la mesure de tous les profits politiques liés succès du sommet. Le président de l’Anoci se retrouve pratiquement tous les jours à la une des journaux. Cela dit gare à l’échec dont l’effet boomerang sera incalculable. L’Anoci est dotée d’un Conseil de surveillance formé d’éminentes personnalités, et ce même comité de surveillance est sous l’œil attentif de toute l’opinion nationale et internationale. Ils sont donc soumis à haute surveillance et les responsables de l’Anoci sont dans l’obligation de fournir des résultats concrets.
Par rapport au défi de la bonne gouvernance et au défi de la transparence où tout le monde les attend. Voilà à peu près les éléments d’information qui permettent d’expliquer pourquoi il y a autant d’intérêt autour des travaux de l’Anoci. De mon point de vue, c’est bien la première fois, qu’une agence parmi toutes les agences a fait l’objet d’autant d’intérêt du point de vue financier, politique, et des infrastructures. Je ne mets pas de côté l’intérêt diplomatique ; aujourd’hui les pays qui sont en train d’investir leur argent surveillent aussi étroitement l’avancée des travaux. Les gens auront à juger la qualité des travaux, et le respect des délais, mais aussi il faudra savoir si les hôtels qui sont en construction vont servir.
Il y a plusieurs infrastructures qui vont arriver qui coûteront excessivement chères, donc la gestion post-Anoci continuera à faire du bruit. Dans le domaine de la gestion, nous avons une préoccupation concernant le droit à l’information. Cela veut dire que le public a le droit de savoir ce qui se passe dans la gestion de l’Anoci. Je pense qu’avec la publication du rapport financier sur la gestion de l’Anoci, nous avons déjà un résultat qui constitue un premier élément d’appréciation . Car les gens ont découvert que le statut des agences est hybride pire indéterminé dans la nomenclature administrative. C’est déjà un résultat de pouvoir déterminer les points forts et les points faibles des agences mais en même temps, des unités administratives qui sont dotées de flexibilité de manière à contourner les procédures administratives souvent lourdes.

Selon vous, est-il opportun que l’Assemblée nationale audite l’Anoci ?

Absolument ! Si aujourd’hui même, nous avons un règlement intérieur qui soumet le contrôle de l’Assemblée nationale à une autorisation du président de la République et du gouvernement, cela peut poser des problèmes. De ce point de vue je pense que c’est faire subsister des séquelles du fonctionnement du parti unique et du parti – Etat où le président de la République contrôle absolument tout : La justice, l’Assemblée nationale, le Sénat, etc. Je suis très étonné que pour contrôler quelqu’un, on lui demande d’abord la permission de le faire.
L’anoci n’est pas la seule institution concernée. On comprend mal tout le bruit sur l’audition de Karim Wade. A ce que l’on sache il n’est protégé par aucune espèce d’immunité contre les audits. Tout le monde sait que l’Apix est passée devant l’Assemblée nationale et elle en a tiré un très grand profit. Le débat sur la procédure est un débat politicien qui traduit surtout les contradictions qui existent au sein du Parti-Etat. En ce qui concerne le Conseil de surveillance, nous nous sommes réjouis que les responsables soient prêts à aller devant la représentation nationale pour s’expliquer. Il y a beaucoup d’agences qui sont sous la responsabilité directe de la présidence de la République et cela pose des problèmes. S’il y a des problèmes de mauvaise gouvernance, elle sera logée au sommet de l’Exécutif. Il est évident que c’est un souci s’agissant des relations entre les agences, les ministères, etc. Toutes ces questions doivent être examinées, mais la plus importante, c’est la question de la séparation des pouvoirs.
Il faut mettre des règles de manière à ce qu’il n’y ait pas d’abus et que le Parlement puisse jouir de toutes ses prérogatives en matière de contrôle de l’Exécutif. Vous savez, dans les démocraties avancées, il y a des systèmes de contrôle en amont et en aval. Le contrôle en amont s’effectue avant même la nomination de certains responsables qui gèrent d’énormes ressources ou des départements à enjeu politique élevé, ils passent devant le Parlement. Le Président de la Cour suprême des Etats-Unis est auditionné avant sa nomination par le Président Américain pareil pour le Secrétaire d’Etat Condoleeza Rice. J’ai suivi son audition à la télévision du Parlement américain et je vous assure que ce n’est pas facile. Il faut renforcer les prérogatives du Parlement de manière à ce qu’en dehors de tout esprit partisan qu’on ne s’occupe que de l’intérêt supérieur du Sénégal. Il faut écarter toutes les considérations politiciennes et faciliter non la comparution mais plutôt l’audition de l’Anoci. Comme l’a souligné Mohamed Mbodj, la personnalité de Karim Wade et son omniprésence dans la gestion de l’agence a conduit à ce qu’il fasse de l’ombre au Directeur exécutif qui est en réalité Abdoulaye Baldé, et c’est lui qui devrait se présenter devant le Parlement.
Toutefois, il faut effacer tout esprit partisan de la part de ceux qui gèrent, de ceux qui contrôlent comme de la part de l’opinion de façon globale. Il faut essayer d’examiner les choses avec beaucoup de distance, s’il y a des fautes, je crois que la sanction doit être appliquée aux personnes responsables de mauvaise gestion conformément à la loi. Cependant si la gestion est bonne, que les gens le reconnaissent et que l’on avance, sinon il n’y aura jamais de gestion sereine dans ce pays. Tout risque d’être politisé et l’intérêt du pays sera mis de côté. Désormais, on doit se demander où est l’intérêt du Sénégal, pas l’intérêt d’un Parti, d’un individu, ou d’une carrière. Si toutes ces questions commencent à être posées et qu’on dépolitise et déconnecte la gestion de la politique (ce qui reste extrêmement difficile) les choses iraient mieux. Les gens ne sont ni aveugles, ni fous. Si le travail est bien fait, ils le diront et s’il est mal fait, ils le diront aussi. L’Ordre des architectes a sorti récemment un rapport, et ils ont dit ce qu’ils ont pensé et je trouve que c’est une excellente chose que des segments de l’opinion publique puissent regarder et voir. Et je vais même aller plus loin : ce contrôle pour demander des comptes à l’Anoci, il faut l’appliquer désormais à tous les domaines. Ce n’est pas parce que Karim Wade est le fils du Président qu’on doit lui appliquer un traitement de faveur ou qu’on doit absolument le diaboliser.

Et il n'y a pas que l'ANOCI...

Il y a la question des mines d’or, de fer et de l’impact sur les populations (comme par exemple à Kédougou) qu’il faut traiter. Je pense que tout cela doit faire l’objet d’une attention toute particulière ; ce qui se passe au port doit intéresser les gens. Si les citoyens se mobilisent et demandent des comptes, je crois que le Sénégal pourra avancer et ceux qui sont chargés de gérer ce pays feront désormais attention. Cette forme de surveillance qui est appliquée à l’Anoci doit être étendue à tous ceux qui sont à la tête de sociétés ou d’agences où il y a des enjeux financiers, diplomatiques énormes pour qu’il rende des comptes. Ce serait un pas en avant pour la responsabilité des citoyens que nous sommes par rapport à notre argent qui est le bien public.

Le Sommet de l’Anoci est prévu pour mars 2008, croyez-vous que les travaux arriveront à terme d’ici là ?

Ecoutez, nous ne pouvons nous fier qu’à ce que disent les techniciens, et ils nous ont assuré que d’ici le sommet, les travaux arriveront à terme. C’est une préoccupation nationale et internationale. Ce serait quand même un fiasco diplomatique terrible si jamais demain on reportait encore le sommet. Un autre report serait un échec cuisant pour le Sénégal.

Le Craes vient d’être dissout par le président de la République, pensez-vous que cela soit conforme à la Constitution de notre pays ?

En 1963, à la suite des conflits politiques entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, ce dernier fut « éliminé » et il est allé en prison. Quant à Senghor, il s’est taillé une Constitution impériale et celle-ci était adoptée par voie référendaire. Senghor était tout puissant, il avait même supprimé à l’époque le poste de premier Ministre. On a comme l’impression que l’histoire s’est répétée entre temps. On a eu, bien entendu après l’alternance, une Constitution de nature impériale et un Président très fort qui a tous les pouvoirs. Vous savez, j’ai sorti une expression que je n’ai pas utilisée par hasard. J’ai dit qu’Abdoulaye Wade était un bâtisseur de routes mais un démolisseur d’institutions. En réalité les grands chantiers sont sous sa responsabilité, il y tient comme à la prunelle de ses yeux.
Senghor avait bâti des institutions républicaines, démocratiques par rapport au contexte de parti unique de l’époque. Il y a eu beaucoup de cas de dictatures militaires et le Sénégal s’en est presque sorti et Abdou Diouf a réussi tant bien que mal à maintenir cet équilibre. Il est parti par la grande porte après un échec électoral. On a ainsi fermé une séquence historique très importante, et on en a ouvert une autre en matière institutionnelle. Et c’est à ce niveau où se situe l’échec du Président Wade. Le fait que l’opposition ne soit pas représentée au Parlement, et qu’il y ait eu un boycott, relève d’une part de la responsabilité du pouvoir d’avoir refusé le dialogue, et d’autre part de celle de l’opposition. Le boycott a fragilisé la démocratie au Sénégal, qu’on le veuille ou non, l’histoire jugera sur cette question fondamentale, la responsabilité de toute une génération politique. Globalement, cette génération politique finit mal et Abdoulaye Wade a la responsabilité la plus éminente dans cette histoire.
Dans la plupart des pays d’Afrique, on institutionnalise le dialogue politique, et le fait de recevoir les leaders de l’opposition est devenu une telle obligation institutionnelle que le dialogue avec l’opposition s’est institutionnalisé. Tout cela pour essayer d’arriver à ce que les gens s’éloignent de la culture du Parti unique ou si vous voulez du « Maa tey » c'est-à-dire « Je fais ce que je veux ». En matière de fonctionnement institutionnel, que ce soit dans le fonctionnement de la Présidence , de l’Assemblée nationale, ou de notre justice qui est malade, il faut procéder au plus vite à des rectifications. Si Abdoulaye Wade veut sortir par la grande porte, il doit faire en sorte de renforcer les institutions de la République et de nous laisser un Etat intact. Il ne faut pas qu’il nous laisse des bombes à retardement au niveau politique et institutionnel. C’est une mise en garde que nous lui faisons sur sa responsabilité politique demain dans l’histoire.

En parlant d’institution, croyez-vous que le Sénat qui vient d’être installé pourra jouer un rôle important dans le contrôle de l’action gouvernementale ?

Le problème c’est que cette affaire du Sénat est biaisée. Quand on dit qu’on crée un Sénat qui sera une chambre où il y aura des professionnels, ce n’est pas au Chef de l’Etat de les choisir mais aux professionnels de les proposer. Or, nous avons un Sénat où l’on ne sait même pas ce que c’est exactement. Les 65 % des membres sont nommés comme des directeurs nationaux et des gouverneurs ou des préfets et on ne sait même plus si cela relève de l’Exécutif ou du Législatif. Aujourd’hui tout est dérégulé :le Gouvernement, l’Assemblée nationale, la justice le Sénat, le Craes et last but not least le PDS.

Le Directeur de publication du quotidien L’Exclusif vient d’être mis sous mandat de dépôt suite à un article sur "les escapades du Président ». Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Le motif avancé pour la mise sous mandat Moussa Guèye n’est pas fondé. Franchement, je vous dis que c’est une détention qui est arbitraire. Le délai de sa garde-à-vue est illégal, et nous demandons sa libération immédiate et sans conditions. C’est une toute petite publication qui se trouve à Rufisque, et je ne suis pas sûr qu’il y ait eu un lectorat très large. Cela dit, en toute franchise, il y a des informations qui ne m’intéressent pas en tant que lecteur. Ce que quelqu’un fait de ses nuits, où il va, ce qu’il boit, les femmes qu’il rencontre ne m’intéressent pas.
Cela étant, nous sommes engagés dans la lutte pour le droit à l’information et la liberté d’information, et ce droit doit être préservé. Il faut laisser les journalistes travailler en toute sérénité, et le lectorat qui est intéressé par ce genre d’information reste tout à fait libre de le faire.

Pouvez-vous nous dire où en est l’affaire Hissène Habré ?

Je pense que les choses ont changé. Il y a un projet de loi qui va réformer la Cour d’Assises qui deviendra une Cour avec un double degré de juridiction. Si ce projet est adopté par l’Assemblée nationale, cela veut dire qu’on aura un tribunal pour juger Hissène Habré. Il y a beaucoup de pays européens aujourd’hui qui sont près à aider et à soutenir, tels que la Belgique, les Pays-Bas.
Je pense même que l’Union européenne a envoyé ici une mission de techniciens qui vont aider le Sénégal à améliorer leur requête de financement. Du point de vue des moyens à mobiliser, nous sommes en train d’avancer de même que pour le tribunal qui va juger M. Habré. Du côté des victimes, une Assemblée générale a été organisée récemment et les bureaux ont été renouvelés. Les avocats aussi commencent à travailler, et la Coalition pour l’extradition de Hissène Habré vers la Belgique (Cosehab) est en train de travailler de son côté sur cette affaire. Nous avons mis sur pied la Coordination internationale pour le jugement de Hissène Habré. Elle est dirigée par Jacqueline Moudeyna et se trouve à N’Djamena. Je pense que les choses sont en train de bouger, globalement dans le bon sens. Nous espérons que bientôt les juges pourront être nommés et qu’ils commenceront à faire les auditions.

Pour revenir sur la situation nationale, le train de vie de l’Etat augmente au moment où la baisse escomptée par les Sénégalais sur le coût de certains services et des denrées de première nécessité n’arrive toujours pas. Qu'en pensez-vous ?

Je vais faire plusieurs remarques par rapport à cela. Avec les chantiers de l’Anoci, nous aurons à Dakar des infrastructures de dernier cri, mais dès que vous quittez Dakar, vous voyez nettement le décalage avec le reste du pays. Que ce soit à Rufisque, Kaolack, Tambacounda ou Ziguinchor, il faut sérieusement penser à décentraliser. Il faut développer l’intérieur du pays de manière à ce qu’on puisse organiser le sommet de l’Oci à Ziguinchor sans problème. Dakar est hyper-concentré en matière de population, il est plein comme un œuf, si on ne fait pas attention, nous nous entretuerons un jour à cause de cela. En plus de cela, il n’y a pas de boulot à tel point que les jeunes sont obligés de prendre des bateaux pour aller se suicider en mer. Il faut réfléchir à tout cela.
S’agissant du cadre économico-socio-culturel, beaucoup de personnes ne mangent pas à leur faim dans plein d’endroits. Caritas a même tiré la sonnette d’alarme à ce sujet pour nous alerter sur les menaces de famine. Si vous essayez de voir quelle est la différence entre un pays développé et un pays sous-développé, vous verrez que dans les premiers, la nourriture est garantie aux populations. Ce n’est pas que la couverture sociale ; c'est dire qu’on cultive, qu’on élève du bétail de telle sorte que la population mange à sa faim. La première ressource humaine dans un pays, ce sont les populations et si elles sont bien nourries, elles vous donneront des résultats. Allez aux Etats-Unis, vous mangez plus qu’en France, en Allemagne idem. Je pense que la priorité des priorités depuis l’indépendance, c’est de nourrir les populations. Si au 21 éme siècle, nous n’arrivons pas à nourrir correctement les populations, c’est un grand problème, et c’est la responsabilité de nos élites mais aussi des bailleurs de fonds.
Le Fonds monétaire international (Fmi) ou la Banque mondiale et leurs programmes d’ajustement structurel ont complètement éliminé de leurs champs tout ce qui concerne les questions sociales, la santé, l’éducation etc. Ils nous sortent à chaque fois des concepts magiques et trompeurs comme la lutte contre la pauvreté alors qu’il faut plutôt éradiquer la pauvreté. Le monde a les possibilités pour éradiquer la pauvreté, on a beaucoup de nourriture dans le monde. Certains pays financent leur agriculture et interdisent aux Africains de faire de même ; ils nous demandent de cultiver du coton et ensuite ils baissent le prix du coton. En réalité, tout est fait comme si on ne veut pas que l’Afrique se développe. J’ai été très désolé au niveau de la CEDEAO quand les gens n’ont pas pu s’unir, s’écouter et négocier ensemble. Tant qu’il n’y aura pas une intégration qui fasse que la plupart des Etats africains vient en face des partenaires et leur parle soutenu par leurs populations, nous ne pourrons pas arriver à des négociations où les intérêts des populations africaines seront pris en compte.
Par ailleurs, on dit que l’Afrique est pauvre mais c’est faux, plus de 50% des ressources stratégiques dans le monde sont sur le continent africain. Les ressources qui ont fait que la première bombe atomique explose en 1945 c’est grâce à l’uranium qui provient du Katanga. Des entreprises qui viennent d’ailleurs exploitent les richesses du continent et on dit que les ressortissants de ces populations ne peuvent pas aller chercher du travail ailleurs. C’est cela le grand gap de la mondialisation. Je pense qu’il faut supprimer les visas et réexaminer les choses dans une conférence internationale de manière à ce que sur les problèmes de l’émigration, les questions de séjour soient réglementées mais pas le déplacement de tout le monde. Cela doit faire l’objet de revendications de la part des Etats africains.
Permettons à nos jeunes qui n’ont pas de travail ici d’aller travailler ailleurs. Il y a la dénatalité en Espagne et ils n’ont pas assez de bras pour travailler, c’est pareil pour l’Italie, ils ont besoin de l’immigration. La population européenne est en train de vieillir et ils érigent tout le temps des frontières, des législations, et tout un appareil répressif contre l’immigration. L’immigration est criminalisée de nos jours, et ils poussent le bouchon jusqu’à installer jusque devant nos portes leurs frontières avec un système de surveillance. Je dis que c’est scandaleux et tragique car cela coûte des vies humaines. C’est pour cela que je suis fondamentalement contre la publicité de Youssou Ndour (Ndrl : c’est une publicité qui passe à la télévision et qui tente de décourager les jeunes qui veulent émigrer). Avec toute son aura, toute sa personnalité, il devrait prendre contact avec des gens, qu’on réfléchisse sur la question de l’immigration.
S’il est question que les entreprises viennent exploiter les richesses africaines, il n’y a pas de raison que les Africains n’aillent pas chercher le boulot ailleurs. Cette question-là doit faire l’objet d’une négociation. Le problème c’est que les populations subissent. Il est temps que ces populations se mobilisent et deviennent de véritables citoyens, exigent leurs droits et disent « stop !». S’il y a un système de délégation de pouvoir, de représentation de gens qui sont à l’Assemblée nationale, il est temps que toutes les forces créent une véritable alliance pour construire un rempart citoyen. Cela fait d’ailleurs l’objet d’un travail que nous sommes en train d’effectuer avec les membres de la société civile, notamment avec les ONG, les syndicats, le patronat et toutes les associations du Sénégal. Il faut faire en sorte que lorsque les droits des gens sont bafoués, que les ressources et les biens publics sont dilapidés, qu’ils puissent se mobiliser et agir pour y mettre un terme.
Ce travail-là va nous prendre du temps dans la durée mais nous aurons la patience de nous y consacrer petit à petit pour que s’agissant du train de vie scandaleux de l’Etat par exemple, les gens se mettent debout et agissent. A l’instar de ce que se passe avec l’Anoci, nous allons essayer de transférer la lutte ailleurs pour qu’on aille vers une gouvernance qui respecte les règles de l’éthique et de l’équité autrement dit une gouvernance légitime.


Réalisée par Fatma DANSOKO
Source: Le Matin

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Mercredi 24 Octobre 2007

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