Correspondant permanent à Paris) - On pensait qu’avec le tollé qui s’est élevé contre l’expulsion des Roms, la France allait mettre du bémol dans sa politique de renvoi spectaculaire des ressortissants roumains et bulgares. Que nenni ! Elle va durcir sa politique en élargissant des motifs de renvoi des étrangers établis sur son sol. C’est le ministre de l’Immigration, de l’Identité nationale, de l’Intégration et du Développement solidaire, Eric Besson, qui en a fait la révélation lors d’une conférence de presse tenue, avant-hier, à Paris. Le ministre français a annoncé de nouvelles mesures qui doivent être prises prochainement. ‘Il nous faut (…) élargir les possibilités de prendre des arrêtés de reconduite à la frontière pour menace à l’ordre public à l’occasion d’actes répétés de vols ou de mendicité agressive. Un troisième amendement sera déposé à cette fin’, annonce Eric Besson.
Parmi les cas qui sont visés, il y a les étrangers qui abuseraient du système social français, notamment les allocations familiales. ‘Il nous faut (…) permettre la reconduite dans leurs pays d’origine des personnes qui représentent une charge déraisonnable pour notre système d’assistance sociale. Un second amendement sera présenté dans ce sens’, fait savoir le ministre, en plein controverse de la politique migratoire du président de la République française. Pour se justifier, il estime que pour les séjours de moins de trois mois, ‘ils ne doivent pas menacer l’ordre public ou constituer une charge déraisonnable pour notre système d’assistance sociale. Pour les séjours de plus de trois mois, ils doivent disposer d’un emploi ou de ressources suffisantes’.
Ces étrangers ne sont pas les seuls visés. Il en sera de même pour ceux qui ‘abusent du droit au court séjour afin de contourner les règles plus strictes du long séjour’. Pour les contrer, un amendement législatif a été préparé et va permettre ‘de prendre dans ce cas une obligation de quitter le territoire français’. Il sera présenté dans le cadre du projet de loi sur l’immigration, qui arrive devant l’Assemblée nationale fin septembre. Avec le fichier Oscar, où sont enregistrées les personnes qui ont bénéficié de l’aide au retour, ces gens seront empêchés d’en recevoir encore, car leurs empreintes biométriques seront prises. Et puisque les Roms appartiennent à la communauté européenne, même s’ils ne seront pas expulsables sur un délai légal de trois mois, ils ne pourront pas encaisser les 300 euros qui sont remis à ceux qui rentreront de façon volontaire. D’ailleurs ceux qui font des va-et-vient entre la France et leur pays risqueront de ne plus le faire. Car une disposition pour les en empêcher va être également prise par les autorités françaises. Et Eric Besson a averti dans ce sens : ‘Il nous faut tout d’abord détecter ceux qui effectuent des allers retours successifs en France, en cherchant à bénéficier de l’aide au retour à plusieurs reprises. Le fichier biométrique Oscar sera opérationnel dès le 1er octobre prochain’.
Pour anticiper les critiques, le ministre de l’Immigration a tenu à faire des précisions. C’est pour dire que la France est ‘parfaitement fidèle à sa tradition républicaine et humaniste’. ‘L’humanité, ce n’est pas d’accueillir sans condition et en dehors de toute légalité toute personne souhaitant séjourner en France. L’humanité, c’est au contraire de pouvoir offrir à ceux que nous accueillons des conditions de vie dignes et des perspectives d’intégration’, fait-il savoir. Pour lui, les ressortissants européens ne jouissent pas ‘d’une liberté de séjour sans limite au sein de l’Union européenne’.
Cette conférence de presse du ministre fait suite aux critiques notamment de l’église catholique et des personnalités politiques et de la société civile françaises contre la confusion entre l’immigration et l’insécurité entretenue par Nicolas Sarkozy. Le Pape, Benoît XVI, a élevé la voix. Il a été suivi par les catholiques français, à leur tête Monseigneur Jean XXIIIe, l’archevêque de Paris. Le Parti socialiste n’a pas été en reste, accusant Sarkozy de masquer l’échec de sa politique de sécurité en se reportant sur les étrangers.
Mais pour Besson, ‘ceux qui accusent la France, sans aucun fondement, de violer ses obligations internationales et européennes, ainsi que ses règles et traditions républicaines, conduisent un combat partisan et ne font en réalité que salir l’image de notre pays’.
Moustapha BARRY
Source Walfadjri