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ANALYSE : Le compromis devient-il compromission ?

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« Informer juste et vrai ». Le Président de la République Maître Abdoulaye Wade a cru devoir donner la leçon, le 1er mai dernier, en rappelant ce principe sacro-saint du journalisme. La question est oui, mais dans quelles conditions ? Le même président Wade a d’ailleurs donné une partie de la réponse en déclarant, dans le même contexte, que « la presse sénégalaise est indépendante, mais elle est aussi dépendante ». Une chose est sûre, c’est que l’indépendance de la presse sénégalaise est toute relative tandis que sa dépendance est avérée, dans un environnement où l’enjeu de rentabiliser s’est « légèrement » substitué à celui d’informer.



Avec une presse écrite foisonnante, un paysage radiophonique en pleine expansion et l’émergence de télévisions privées, le secteur des médias au Sénégal est particulièrement dynamique. Signe d’un pluralisme de l’information, ce foisonnement est-il pour autant le reflet d’une bonne santé du paysage médiatique ? Rien n’est moins sûr.

A l’image d’un secteur tout aussi foisonnant que le BTP, le paysage médiatique sénégalais vit ainsi de ses innombrables contradictions. Si l’on considère que le pluralisme médiatique s’appuie sur des médias économiquement viables, et donc indépendants de tout pouvoir et doit disposer d’un cadre législatif adapté, force est de reconnaître que le Sénégal est loin de répondre à ces critères.

Au risque de se répéter, la viabilité économique des médias est le garant d’une réelle diversité des nouveaux paysages médiatiques. Or, la faiblesse économique actuelle des journalistes et des entreprises de presse exerce une censure indirecte et provoque leur mise sous tutelle progressive de la part de cercles politiques, affairistes et confessionnels. Soumis à de lourdes taxes, dans un contexte économique difficile, les organes de presse sont fragilisés et ne peuvent diffuser de façon régulière. Mal payés, les journalistes doivent, au détriment de leur métier, multiplier les sources de revenus pour subvenir à leurs besoins.

C’est la quadrature du cercle.

Bouleversant

Plusieurs facteurs concourent à cette situation parmi lesquels et sans doute le premier, la concurrence que se livrent les médias dans un marché à taille réduite, notamment pour capter un marché publicitaire estimé à 10 milliards de FCfa, tous supports confondus, et où les médias d’Etat, par exemple, misent sur les mêmes ressources que les médias privés, affectant ainsi ces derniers qui se retrouvent avec une infime part qui ne couvre même pas la moitié de leurs charges.

Comme le suggérait récemment et à juste raison, l’ancien directeur général de la Rts et actuel directeur de Stv, Mactar Sylla, un plafonnement de la publicité dans le service public, avec des règles de concurrence saines, constituerait un ballon d’air et un environnement économique qui garantisse la viabilité des structures avec un financement public conséquent et soutenu des médias qui ont une mission de service public, éviterait que tous les médias ne ‘viennent manger dans le même râtelier »

Car, hors de ce « râtelier » publicitaire et sur un autre marché, la presse écrite par exemple est confrontée au prix exorbitant du papier sans parler des charges énormes qui grèvent les trésoreries, alors même que la radio et la télévision développent leurs propres circuits d’informations en prenant toutefois largement appui sur les analyses de la presse quotidienne.

Internet et les journaux gratuits constituent cependant une concurrence d’un type nouveau, car fondée sur une information écrite et dont le modèle économique (la gratuité) rompt avec les équilibres traditionnels de la presse quotidienne d’information politique et générale.

Ces nouveaux supports ont d’ailleurs fini de capter l’attention des médias historiques, même si la rentabilité économique des sites Internet des journaux constituent un problème spécifique, compte tenu des frais liés à la création, à l’actualisation et à la maintenance de ces sites.

Il n’empêche, ces sites peuvent toutefois devenir un produit d’appel pour l’achat du journal papier, ou encore s’affirmer comme un support pour un abonnement moins coûteux pour l’entreprise de presse (pouvant défalquer les coûts d’impression et de distribution) et qui apporte une information en temps réel, non soumise aux aléas éventuels de l’impression et de la distribution.

L’information doit-elle alors avoir un prix ? La question se pose en tout cas d’autant plus que la communication par internet a bouleversé les pratiques classiques d’information, dépossédant les traditionnelles voix informatives du monopole médiatique, altérant la hiérarchie et le professionnalisme des acteurs, médiateurs et émetteurs d’information que compte la presse écrite. Ce contexte induit clairement une réflexion sur la valeur marchande de l’information, autrefois besoin et loisir monnayé, aujourd’hui droit contesté, à l’offre souvent galvaudée. Toujours est-il que la pluralité de l’offre, qui n’est plus « offre », mais service, mérite une attention particulière pour expliquer la valeur actuelle d’une information. Un constat s’impose en tout cas, l’immobilisme des quotidiens, tant sur le fond que sur la forme, ressenti en dépit du lancement de plusieurs nouvelles formules ; une certaine réticence des lecteurs à investir suffisamment de temps et d’argent dans la presse dès lors que s’affirme un rapport consumériste à l’information, constituent des facteurs déterminants dans la crise que vit la presse.

Une chose est sûre, la concentration des titres de presse a conduit à privilégier des logiques de groupe. Les regroupements permettent certes de mutualiser certaines dépenses - qu’il s’agisse des régies publicitaires, de l’utilisation des imprimeries sur des plages horaires plus étendues que pour la seule impression des quotidiens, ou des dépenses de rédaction pour les pages nationales, largement identiques, des titres appartenant à un même groupe. Aussi, la crise de la presse médias est d’autant plus réelle que beaucoup d’observateurs ont pensé que l’ouverture du capital à de grands groupes industriels sauverait la presse. Beaucoup, après, ont dénoncé l’intrusion de l’économique et du politique dans les salles de rédaction, où l’enjeu de rentabiliser s’est « légèrement » substitué à celui d’informer. Le compromis devient-il alors compromission ?

Les moyens de sa politique

L’implication et la responsabilité des pouvoirs publics est tout de même posée. La réponse des pouvoirs publics à cette situation se limite à l’aide publique que l’Etat octroie dans des conditions qui suscitent pas mal de controverses et qui, il faut bien le dire, ne contribuent qu’à précariser davantage les entreprises de presse. Un cadre juridique adapté déterminant précisément les possibilités d’aides publiques, notamment indirectes, serait en tout cas plus approprié. Or, l’Etat semble persister dans sa forme d’aide publique directe à la presse, arguant ne « pas vouloir se mêler de ce qui n’est pas dans sa cuisine ». Il apparaît pourtant que même s’il décidait de porter cette aide financière de 300 millions de FCfa à un milliard de FCfa, cela ne réglerait pas de manière structurelle les difficultés des entreprises de presse, dans la mesure où cette manne profiterait plus aux « poches » de presse qu’aux entreprises, elles-mêmes.

Une aide indirecte, avec des prix préférentiels sur l’électricité voire une suppression de la TVA de la TVA), le téléphone, la connexion à Internet, mais aussi un dégrèvement fiscal qui réduirait l’imposition sur les entreprises de presse, ainsi que la baisse sur les tarifs hôteliers et sur les billets d’avion, serait certainement plus indiquée pour aider à résoudre les problèmes structurels des groupes de presse les plus importants. Comme cela se passe au Maroc, en Tunisie et en France, iIl y a un ensemble de secteurs sur lesquels l’aide indirecte peut jouer un rôle important, d’autant que l’autre avantage de l’aide indirecte est d’éviter tout le tollé fait autour de la répartition.

En 1996, par exemple, l’Etat n’a-t-il pas, en partenariat avec la coopération canadienne et l’Institut Panos, aidé les éditeurs de presse à créer une centrale d’achat de papier pour stabiliser le marché et lutter contre la spéculation ? La presse d’information a en tout cas découvert qu’elle relève désormais de logiques économiques mondiales. Alors interrogeons-nous : Pourquoi la concurrence n’aurait-elle pas pour la presse les effets bénéfiques qu’elle peut avoir dans les autres secteurs de l’économie ? Les lecteurs sont-ils à ce point naïfs et dociles qu’ils ne peuvent distinguer entre une information formatée selon les besoins des annonceurs ou tout simplement bâclée par des journalistes peu motivés et une information courageuse, critique et fiable ? D’ailleurs, une partie des lecteurs n’a-t-elle pas déjà fait son choix, délaissant certains titres et plébiscitant, par ses achats, un certain critère d’exigence à l’égard de la qualité et de la déontologie de l’information ? le débat sur la déontologie de l’information mériterait sans doute un examen approfondi, mais la question fondamentale aujourd’hui est : peut-on sérieusement faire un travail de journalistes sans moyens financiers... ? C’est en tout cas le prix de la liberté.

Source: Sud Quotidien

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Lundi 5 Mai 2008


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