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ALIOUNE TINE DE LA RENCONTRE AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME (RADDHO): «Ce serait une catastrophe si le Sénégal retire ses troupes du Darfour»

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Dans la seconde partie de cette interview, le responsable de la Raddho Alioune Tine nous entretient de l’actualité africaine avec notamment la situation au Darfour où les soldats sénégalais interviennent dans un climat de guerrilla sur fond de mauvaise foi des dirigeants soudanais.



ALIOUNE TINE DE LA RENCONTRE AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME (RADDHO): «Ce serait une catastrophe si le Sénégal retire ses troupes du Darfour»
Le Matin

La situation au Darfour fait l’objet de beaucoup de controverses après la promesse non tenue encore d’envoyer des troupes mixtes et les menaces des autorités sénégalaises de retirer ses soldats si rien n’est fait. Quel commentaire vous suggère cette situation ?

Alioune Tine

Le président Omar El Béchir était d'accord pour le déploiement des forces mixes au Darfour avant, bien entendu, l'Assemblée générale des Nations unies. Nous-mêmes à la Rencontre africaine des droits de l'homme (Raddho), on avait exprimé notre satisfaction, de voir enfin Omar El Béchir accepter la résolution des Nations unies avec le soutien de la Chine. Donc, depuis le 2 octobre, il y a eu beaucoup de propositions émanant des États pour envoyer des troupes au Darfour.
Jusqu'ici le président Omar El Béchir ne les a pas approuvées. C'est une situation qui est extrêmement préoccupante. Parce que c'est également, une fois de plus, les signes d'un nouveau volte-face. Omar El Béchir nous a un peu habitués à cela. Donc, nous estimons, aujourd'hui, que la pression des Africains de l'Union européenne et celle les États unis doit être beaucoup plus forte. Sur la question humanitaire, là également nous savons qu'il y a eu pratiquement sept travailleurs humanitaires tués en octobre. Donc, c'est le plus élevé des assassinats depuis juillet 2006. On a noté une augmentation de personnes déplacées. Seize mille personnes nouvellement déplacées, amenant le total en 2007 à deux cent soixante dix mille. C'est énorme. Comme vous le savez, il y a eu des militaires sénégalais qui ont été tués. Récemment vous avez vu que le chef de l'État Me Wade autant que le ministre des Affaires étrangères ont menacé de retirer leurs troupes. Ce serait une catastrophe si le Sénégal allait retirer ses troupes du Darfour.
Donc, les gens sont aujourd'hui sous la menace de famine parce que l'aide du Programme mondial pour l'alimentaire (Pam) a beaucoup baissée. Il a baissé de soixante mille en juillet. Il était de cent vingt deux mille en septembre 2000 . L'autre problème aussi du déploiement de la mission des Nations-unies au Darfour (Unamid), c'est le manque d’hélicoptères, de logistiques. Jusqu'ici, les troupes de l'Union africaine n'ont pas vraiment la logistique requise. Il faut dire également que la plupart des promesses qui ont été faites par certains pays africains n'ont pas été respectées.
Maintenant, nous en tant qu’Ong nous attendons, bien entendu, que le sommet Europe-Afrique puisse aborder la question du Darfour. Et, le premier des problèmes, c'est la nécessité absolue pour que ce sommet insiste pour que les troupes hybrides puissent être déployées pour assurer la sécurité des populations du Darfour. C'est extrêmement important. Et qu'en réalité que les gens insistent pour qu’Omar El Béchir puisse mettre en oeuvre la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et de le faire le vite possible. La seconde recommandation qui est importante concerne les négociations de paix, de dialogue entre les différentes parties en conflit. Donc, nous voudrions que lors de ce sommet que la communauté internationale puisse peser de tout son poids pour que tous les acteurs puissent s'impliquer dans le dialogue.
Et en réalité on doit aussi impliquer également les Ong qui connaissent des réseaux, qui connaissent des gens et qui peuvent intervenir pour que les protagonistes du conflit puissent être tous présents lors des négociations de paix. La troisième recommandation forte concerne la question de l'impunité. Il faut que ceux qui ont commis des crimes de guerre, de crimes contre l'humanité ou bien qui sont soupçonnés de crime de génocide, puissent être arrêtés, punis. Vous savez effectivement que la Cour pénale internationale a demandé d'arrêter un certain nombre de responsables et il faut qu'ils soient livrés par le gouvernement du Soudan. Je pense que quand même la question des travailleurs sur le terrain doit être également abordée par ce sommet.
Nous nous sommes rendus au Darfour, nous avons vu comment les organisations humanitaires, les Oxfam America et les autres quand même appuient les populations sur le terrain. Donc, la sécurité des travailleurs humanitaires doit être garantie pour que les gens puissent faire leur travail correctement. Maintenant nous, nous avons avec la coalition pour sauver le Darfour qui est une très grande coalition, ce qu'on appelle le Darfour Consortium et Glob Darfour(Ndlr : Global Darfour). Nous avons envoyé des courriers aux chefs d'État africains. Nous avons également élaboré une pétition pour demander vraiment l'implication d'écrivains africains et européens, qui sont très célèbres (Ndlr, Prix Nobel de littérature Africains ciblés: Wole Soyinka; John Maxwell Coetzee; Nadine Gordimer, etc.).Tous ont signé cette pétition qui est aussi ouverte aux écrivains sénégalais.
Donc, nous les interpellons. Nous interpellons l'association des écrivains sénégalais pour quand qu'on sache que le Sénégal qui est impliqué sur le terrain, les Ong sénégalaises qui sont également impliquées dans la question du Darfour puissent avoir la fierté de voir les célèbres écrivains africains signer cette pétition. Donc, nous sommes en train d’étudier les pétitions globales.

Vous avez dit tantôt que ce serait une catastrophe si le Sénégal retirait ses troupes du Darfour alors qu'il leur manque des moyens logistiques...

Les moyens, c'est d'abord un mandat fort. Le mandat des troupes de l'Union africaine est faible. Un mandat qui est destiné à se défendre et à ne pas attaquer. Les moyens logistiques également sont faibles parce qu’en face, il y a des troupes aguerries avec beaucoup d'expérience. Donc, il est extrêmement important que les pays de l'Union européenne, les États unis qui ont les moyens puissent permettre à l'Union africaine d'avoir les moyens logistiques pour faire face à la situation d'insécurité au Darfour. Mais nous demandons encore une fois au chef de l'État de ne pas retirer les troupes sénégalaises du Darfour parce que ce serait du mauvais exemple. Et ce serait encore décourager les gens.
Nous, en ce qui nous concerne, nous allons faire tout le travail de lobbying pour que la communauté internationale puisse entendre les requêtes de l'Union africaine, concernant le renforcement des capacités en moyens logistiques des troupes africaines qui sont basées au Darfour.

Non loin du Soudan, il y a l'affaire de l'Arche de Zoé au Tchad. Dans cette affaire la justice tchadienne subit des pressions émanant de la France. Est-ce qu'une telle situation vous paraît acceptable ?

Je ne suis pas sûr que l’affaire ait livré tous ses secrets. En fait, les gens de l'Arche de Zoé ont eu le soutien de l'armée française même si le gouvernement français a condamné fortement cette action. Donc, c'est un peu tiré par les cheveux comme qui dirait. Maintenant, vous savez, les justices africaines, il faut avoir quand même le courage de le dire, ont besoin d'être renforcées. Je pense que c'était une occasion en or pour permettre à quelqu'un comme Idriss Deby de, peut-être, redorer son blason avec son opinion publique en mobilisant les gens sur les questions intérieures et de souveraineté.
Il y a beaucoup de problèmes aujourd'hui au Tchad, concernant les problèmes de démocratie, d'État de droit, de dialogue politique avec son opposition ou avec la rébellion armée. Donc nous, nous estimons qu'aujourd'hui il ne faut pas que cette histoire de l'Arche de Zoé puisse être l'arbre qui cache la forêt des problèmes énormes. Qui sont des problèmes économiques, de gouvernance, de transparence de démocratie et d'État de droit au Tchad. Ce sont les vrais problèmes qui se posent au Tchad. Maintenant, je pense que les États africains font face à des questions qui sont des questions d'impunité qui existent aussi au Tchad. Pourtant, tout ce qui concerne les statuts de la Cour pénale internationale est signé et ratifié. Tout ce qui concernant la Convention contre la torture . Vous avez vu le Sénégal même avec l'affaire Hussein Habré.
Je pense que ce sont les questions de fond sinon il est évident que les gens qui ont une justice assez indépendante, des justices fortes vont regarder toujours avec un certain mépris vraiment les tribunaux africains. Il faut respecter les normes les plus élémentaires sur les éléments de concertation pour un minimum de consensus pour voir comment on peut renforcer la République, la démocratie, l'État de droit et les droits humains. Donc, ces questions sont de fond que l'Arche de Zoé ne doit pas vraiment noyer. Mais pour autant nous condamnons très fortement cette entreprise qui très aventuriste. Vraiment on ne sait pas ce qui se cache derrière cette affaire.
Et, nous soutenons, bien entendu, les magistrats tchadiens dans leur lutte pour l'indépendance et le renforcement de la justice au Tchad, le respect de la souveraineté au Tchad. Quoi qu'on dise aussi quand nous entendons quelqu'un comme Sarkozy dire que nous sommes près à aller les chercher au Tchad, je pense que c'est manifester beaucoup de mépris vis-à-vis de la souveraineté du Tchad. C'est inadmissible. Même quand on est un président français.

Toujours à propos de la souveraineté des États africains, l'Angleterre par la voix de son Premier ministre Gordon Brown s'oppose à la présence du président du Zimbabwe Robert Mugabe au prochain Sommet de l'Union Europe-Afrique au Portugal. Ne croyez-vous pas les prémices d’un retour à de vieux réflexes de colonisateur ?

Ce n'est pas une période néocoloniale parce que les Africains doivent savoir ce qu'ils veulent. Tous les démocrates, tous les patriotes africains ont suivi la lutte pour la libération du Zimbabwe. Mais moi, je regarde comment Mugabe traite les Africains avec mépris. Il ne respecte pas vraiment les libertés fondamentales. Il torture. Nous avons vu quand même les gens battrent les citoyens parce qu'ils ne sont pas d'accord avec le régime de Mugabe. Nous avons vu comment il a traité les problèmes de terre en violant de façon massive et régulière les droits humains. Je me dis effectivement que par moments, s'il y a des violateurs des droits humains parfois il faut qu'on leur fasse sentir qu'ils sont indésirables. Je pense que les autres Africains qui ont un minimum de respect pour l'État de droit, pour la démocratie, les droits humains y seront.
De ce point de vue nous sommes d'accord que le Premier ministre de Grande Bretagne dénonce ces pratiques. Les Africains ne peuvent tout simplement dire : « On nous en veut pas parce que nous sommes des Africains ». Mais nous avons vu quand même le même Premier ministre dénoncer Pervez Musharaf, qui à instaurer l'état d'urgence et les lois d'exception, qui se manifeste comme un dictateur. Et, ça était payant du côté de Musharaf. Il est en train de lâcher du lest aujourd'hui. Donc, ceux qui sont indésirables, c'est pas à cause de la couleur de la peau.
C'est par rapport à leur mépris des droits de l'homme, leur mépris des libertés démocratiques et également de leurs pratiques que les démocrates ne peuvent pas approuver. Des pratiques inacceptables. De ce point de vue nous nous sommes d'accord et on aimerait que quand les chefs d'État violent les droits humains qu'ils soient de l'Afrique, d'Asie, du Pacifique, d'Amérique latine que les gens les dénoncent de façon la plus claire.

Aujourd'hui, les États unis d'Amérique comptent installer des bases militaires en Afrique. A votre avis, est-ce que cela pourrait contribuer à la résolution des conflits ?

J’ignore ce que recouvre toute cette histoire-là. Je sais que c’est certainement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Il est évident que les gens d’Al Quaïda vont essayer de s'installer dans les pays du Tiers-monde les plus faibles. C'est comme cela que ça se passe quand il y a l'effondrement d'un État. Soit ce sont des organisations terroristes soit ce sont des organisations des nations criminelles comme les trafiquants de drogue qui viennent s'installer, qui organisent l'État. Donc, je pense que les États développés doivent s'acquitter des promesses qui ont été faites. Les 7% de l'aide au développement, doivent être respectés. D'ailleurs, la bonne gouvernance, la transparence et une gestion saine des ressources de l'Afrique, doivent être respectées pour permettre le développement de l'Afrique. Donc, nous estimons que les Africains doivent prendre d'abord leur destin en main. Qu'ils s'organisent, aujourd'hui, sur des bases politiques, démocratiques saines. Ce n'est malheureusement pas le cas tout le temps.

A propos de l’élargissant du Conseil de sécurité des Nations unis aux pays africains le président Wade a décidé de soutenir la candidature du Nigeria. Est-ce à dire que le Sénégal n'est pas encore prêt pour occuper un tel poste ?

Vous savez que la question du siège de l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unis à empoisonné le climat de l'Union africaine. De façon globale, ça crée beaucoup de conflits. Alpha Omar Konaré (Ndlr, président de la Commission de l'union africaine), lui-même, a eu des problèmes. Certains le soupçonnant de favoriser le président Thabo Mbeki au détriment des autres . Je pense donc que le positionnement de Abdoulaye Wade par rapport au Nigeria, c'est en fonction, bien entendu, de tous ces paramètres-là.

Source: Le Matin

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Mardi 27 Novembre 2007

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