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AIDE À LA PRESSE: les dégâts collatéraux d’une certaine répartition

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Il y a sept ans et une décade, jour pour jour, le ministère de la Culture et de la Communication du Sénégal, avec à sa tête Mamadou Diop « Decroix », réunissait, avec une ouverture qu’aucune autre n’a jusqu’ici démentie, « l’essentiel des composantes de la presse sénégalaise », à Saly Portudal, à l’effet d’ouvrir « une concertation nationale pour mieux faire coller le paysage médiatique sénégalais aux évolutions déterminantes que (connaissait) le système démocratique sénégalais ». Cela ne désigne le changement honorable de régime en mars-avril 2000, baptisé par « Alternance », un mot qui valait le 100ème nom de Dieu.



Aujourd’hui que le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, consomme son second mandat (un quinquennat), les parties prenantes à la rencontre de Saly (ou ceux qui sont dans ces postures) devraient au moins se retrouver, pour le bien de la corporation et du peuple sénégalais, pour en tirer le bilan, revoir la mise en pratique ou en veilleuse des recommandations issues de ladite concertation, autrement appelée « les assises de Mbour ». Mieux, s’impose un réexamen du thème qui leur était soumis comme planche, « Etat des lieux et perspectives – Mutations et responsabilité ». Un trop-plein d’eau a coulé sous les ponts, au point d’en emporter quelques uns et d’en ébranler l’édifice d’autres.

Ces eaux toxiques pour les libertés civiles et politiques continuent de faire leurs effets. En témoigne, le mur d’incompréhension entre le pouvoir et la presse professionnelle. Les journalistes, les techniciens des médias, les éditeurs et diffuseurs intransigeants sont confrontés à l’hostilité de leurs interlocuteurs. Le comble, c’est la répartition, d’une main de fer, du Fonds d’aide aux organes de communication sociale qui l’a vidé de sa substance. Les quelques bonshommes qui représentaient, en plus de la corporation, le gouvernement, le parlement (avec l’ancien Sénat), les armées et les organisations de la société civile avaient fait le constat que « l’approfondissement de la démocratie sénégalaise, matérialisé par l’alternance politique (…), s’est largement appuyé sur l’existence d’une presse libre et indépendante ». Ils avaient également estimé que « les contexte et les conditions d’exercice des professionnels de l’information et de la communication appellent des améliorations dans le sens des droits, mais aussi des responsabilités ».

A ces effets, il a été recommandé au Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (CRED), aujourd’hui en phase de réanimation par les seuls professionnels et en l’absence de tout égard du ministère de l’Information, « d’évoluer rapidement vers un statut d’association d’utilité publique, devant lui permettre de bénéficier des subventions de l’Etat ainsi que de dons et legs de personnes physiques ou morales ».

Dans cet ordre de propositions, l’assemblée a évoqué un instrument d’autorégulation qui devait servir de cadre de référence au CRED dans le cadre de ses avis et son rôle de médiateur entre les journalistes et les autres justiciables. A la décharge des professionnels qui s’étaient engagés à la cause, ce travail a été effectué car la Charte des journalistes du Sénégal a été adoptée le 24 mars 2006 à Gorée.

Des recommandations de la concertation de Saly, il n’en reste que deux, de nos jours qui n’ont pas trouvé traitement adéquat. La première, l’instance compétente pour juger de la qualité du travail des journalistes devra « être composée uniquement des professionnels de l’information et de la communication, parmi les 13 membres du CRED ». Le comité chargé récemment de remettre sur pied l’organe d’autorégulation prend en charge cette indication. La seconde recommandation a trait à la mobilisation des ressources financières, en l’occurrence. Ce tendon d’Achille du CRED l’a finalement mis à hauteur de cheville. Pourtant, il était clairement convenu « d’allouer annuellement au CRED 5% du Fonds d’aide aux organes de communication sociale ». Il est toujours utile de rappeler que ce fonds est institué par l’article 58 de la loi 96-04 du 2 février 1996 et le CRED n’en a jamais tiré un sou vaillant, alors que de nouveaux bénéficiaires ont été « créés » de toute pièce par les autorités au mépris singulier de la loi en vigueur. Si une partie prenante devrait être prise à défaut dans cette forfaiture, ce n’est point le SYNPICS qui a toujours refusé que l’aide ne passe par les fourches caudines de patrons besogneux ou de fonctionnaires véreux, au détriment de la vraie entreprise de presse. A toutes les occasions, les larrons, comme en foire, se satisfont de l’opacité pour des raisons évidentes, mais injustes. Si la tutelle restait à la légalité et mettait fin à la complaisance vis-à-vis de feuilles de choux et d’ondes à diffusion confidentielle, l’amateurisme qui se dresse en montagne sur la scène médiatique allait s’effondrer, au grand bonheur des professionnels chevillés à l’éthique et à la déontologie, tout autant pour le public de plus en plus exigent en presse de qualité animée par des journalistes compétents et rigoureux. Il n’est jamais trop tard pour commencer.

Seulement, cette invite a tout l’air de rester vaine à cause de « la cérémonie solennelle de remise de chèques et d’ordinateurs aux correspondants régionaux », mardi 9 octobre 2007 chez le président de la République. Sic ! Aucune disposition légale ne prévoit telle ripaille ; on ne voit pas comment un règlement pourrait tordre le bras à la loi sur la presse. Le Fonds d’aide, jusqu’à modification de la loi, est destiné aux organes qui en répondent. Par ailleurs, rien n’empêche une quelconque générosité de se manifester pour les « braves correspondants régionaux ». Pire, cette mesure administrative est une preuve, s’il en était besoin, d’une violation du consensus obtenu à Saly, du fait d’une volonté délibérée de régenter là où il n’en faut pas. Pour la justifier, la misère des correspondants est invoquée, laissant sous le boisseau les conditions de travail, souvent désastreuses, des journalistes des desks centraux dont un bon bataillon n’ose réclamer ni « feuille d’embauche » ni bulletins de salaire qui demeure la lune à décrocher. L’administration, celle du travail, s’en préoccupe peu.

Cependant, la loi est suffisamment claire dans son énoncé et stricte dans son interprétation pour que l’autorité administrative, qui veut s’y conformer, vienne en aide, indirectement aux travailleurs des médias, si tant qu’ils étaient laissés à la merci de voraces patrons de presse. Appliquons la loi, par exemple, commençons par faire respecter aux organes les critères sur le nombre de professionnels requis pour prétendre au Fonds d’aide ou sur les tirages réguliers des journaux. Ainsi, le présumé ogre qui se nourrit, lui tout seul, de l’aide à la presse en laissera de sa graisse. Des esprits éclairés ont même plaidé pour sa transformation en aide indirecte. Les correspondants de presse et les travailleurs ne souffrent pas seulement d’un détournement allégué, puisque pas un patron de presse n’a jusqu’ici été poursuivi, malgré les nombreuses incriminations politiciennes.

L’Etat gagnerait, très certainement, à élargir son regard bienveillant sur les conditions de recrutement, d’exploitation et même de libération de tous les journalistes et techniciens de la communication sociale. L’amélioration des conditions de vie et de travail du reporter, localier ou central, ne peut se confondre à l’annuité de la tombée de subsides. En procédant de cette manière cavalière, par-dessus la tête des staffs éditoriaux qui reçoivent « les envois » des correspondants régionaux, le ministère de l’Information intervient directement dans la gestion interne des rédactions. Cette intervention risque d’ouvrir le tonneau des Danaïdes, en installant ces bienheureux correspondants dans une suspicion plus ténue vis-à-vis de leurs employeurs, au point de compromettre leur relation de travail. La justice, c’est de laisser l’aide aux organes qui emploient des professionnels (diplômés ou formés sur le tas), ensuite de veiller à la régularité des versements de leurs cotisations aux institutions sociales.

Faut-il le rappeler, dans le cadre du Fonds d’aides aux organes de communication sociale, l’action de l’autorité administrative est suffisamment encadrée par la loi 96-04. L’étonnement, voilà une catégorie dans la presse sénégalaise qui veut dire tout et son contraire, c’est-à-dire elle a « une identité sociale floue » (Rémy Rieffel, in Sociologie des médias). Ce débat se pose au sein même des amicales de correspondants régionaux qui en sont eux aussi à se demander qui est journaliste correspondant local et qui ne l’est pas. Je me rappelle la belle formule entendue à Matam : « ah, eux, leurs patrons ne les considèrent même pas comme journalistes, ils les appellent ‘Relais de presse’ ».

En clair, rien que le Fonds d’aide à la presse mérite une nouvelle concertation entre acteurs sociaux. Surtout que le régime annonce le déroulement de son agenda pour la presse lequel n’agrée pas les urgences de la corporation. A titre illustratif, le gouvernement annonce la construction d’une maison de la presse d’un coût de 5,4 milliards de francs CFA alors que depuis sept ans, les 5% de part du CRED dans le Fonds d’aide ne lui ont jamais été versés. Qui peut le plus peut le moins ! Bref, il y a tellement d’urgences dont les moindres sont : l’utilisation des 10% du Fonds d’aide destinés à la formation par des instituts techniquement habilités, la réforme de la commission d’attribution de la carte d’identité de presse, la reconnaissance (ou non) du CNRA par les professionnels, la transparence dans l’attribution des autorisations de fréquences audiovisuelles, etc.

Serigne Adama Boye

Secrétaire à l’éthique et à la déontologie du SYNPICS
Source: Sud Quotidien

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Jeudi 11 Octobre 2007

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