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A quand la démocratie au Sénégal ?

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Le discours que Macky Sall a prononcé, le 9 courant, en quittant le Pds, et en lui remettant ses oripeaux, ne peut manquer d’aller droit au cœur de tous ceux qui, dans ce pays, avaient souffert ou souffrent encore le martyre, pour avoir refusé de courber l’échine devant les puissants du jour.



A quand la démocratie au Sénégal ?
Soit dit en passant, tous ceux qui abdiquent leur dignité, pour quelque motif que ce soit, ne peuvent mériter de la patrie. Certes, il ne s’agit pas de nier les mérites des uns ou des autres, de ne pas les féliciter, le cas échéant, des actes louables qu’ils peuvent avoir accomplis, mais simplement de rappeler qu’il est indigne d’une personne de vouer à un mortel un culte qui n’est dû qu’à Dieu.


Quand j’étais gouverneur au Sénégal-Oriental en 1963, j’avais reçu dans mon salon un général français venu me faire une visite de courtoisie, à l’occasion d’une manœuvre militaire franco-sénégalaise, dans la circonscription administrative placée sous mon autorité. De notre entretien, une phrase m’est restée gravée dans l’esprit : «Ce qui doit surprendre ce n’est pas que les petits disent aux grands qu’ils sont des êtres exceptionnels, mais que les grands, parce qu’ils sont grands, croient naïvement à ce que leur racontent ces petits.»


Par ailleurs, dans une conférence que Pierre Cott fit à notre dernière promotion de l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer, en 1960, j’avais cru comprendre ceci : «Quand vous rentrerez dans vos pays respectifs, évitez que tous les pouvoirs soient détenus par un seul homme, fût-il à la fois un sage, un saint, un héros. Car il cesserait d’être un sage à force d’écouter les flatteurs qui lui feraient commettre de graves erreurs et perdre la modestie si indispensable à la sainteté ; de même que son héroïsme, car à force de s’en prendre à tous ceux qu’ils considèrent comme ennemis, parce qu’ils ne savent pas flatter, il donnerait des coups si désordonnés, si injustes, qu’à la fin, il en aurait peur.»


Si ces paroles sont restées gravées dans ma mémoire, c’est qu’elles correspondent à mes convictions les plus profondes qui furent la cause de ma descente aux enfers depuis 1963, quand Senghor, à ma grande surprise, m’invitait à entrer dans son cabinet en qualité de directeur-adjoint, alors que je n’avais pas adhéré à son parti et, en 1964, quand je démissionnai de mon poste de gouverneur, écœuré que j’étais par la chasse aux sorcières menées contre les amis de Mamadou Dia et mes ex-camarades du Pai dissous. Je m’en tiendrai là.
En 1985, quand je revins d’exil avec ma famille, «la conscience claire et récurée» (comme dirait Marcel Aimé), ayant tenté en vain de me rapprocher de mon ancien condisciple de l’Enfom, ami et cousin Abdou Diouf, j’allai trouver son challenger, Me Abdoulaye Wade, Secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais. Celui-ci m’accueillit à bras ouverts, me nomma, à titre gracieux, membre de sa Commission nationale des Conseillers.


Nous étions alors 40, répartis dans tout le Sénégal ; la Commission me choisit comme secrétaire administratif et j’en devins la cheville ouvrière, car toutes les réunions se tenaient chez moi. Je fis, un jour, des suggestions à Me Wade, au nom de la Commission, par l’intermédiaire de Moussé Guèye Seck, (ancien du Pai comme moi) qui s’était porté volontaire pour lui faire parvenir le courrier, à la veille de l’élection présidentielle de l’an 2000. Ces suggestions lui avaient déplu souverainement, autant que je pouvais en juger au cours de notre première rencontre. Il est vrai que nous n’avions pas évoqué la question, d’autant plus qu’il avait tout discuté et arrêté avec les partis alliés. Me Wade est un politicien madré ; et moi, une espèce d’artiste politique, sans ambitions, qui rêve d’un régime idéal.


Bien sûr, que je souhaitais vivement son élection à la tête du pays, mais je souhaitais aussi sa démission du «Secrétariat général national du Pds et le retour à un régime parlementaire vrai où le président du Conseil (ou le Premier ministre) aurait des pouvoirs réels, sans que le chef de l’Etat en soit réduit à inaugurer des chrysanthèmes, selon l’expression du général de Gaulle.
Car l’Afrique en a marre de ces régimes faussement républicains, faussement démocratiques. La démocratie suppose nécessairement un pouvoir partagé, surtout quand il s’agit de l’Exécutif. Entre l’instabilité gouvernementale et la dictature, l’homme libre n’a pas à hésiter. Car la dictature ne signifie rien d’autre que l’esclavage de tout un peuple.


C’est pourquoi, je souhaitais qu’aucun parti n’ait la majorité absolue au Parlement et ceci pour atténuer la pression de l’Exécutif sur le Législatif, ce dernier pouvoir n’ayant été, depuis l’indépendance, que le reflet, pour ne pas dire l’humble serviteur du parti dominant. En plus, je souhaitais que le président du Conseil supérieur de la magistrature fût élu par les magistrats eux- mêmes, en vue d’une séparation plus nette de l’Exécutif et du Judiciaire.


Comme le savent tous les «Anciens», depuis 1963, avec l’avènement du régime présidentiel, le Sénégal, à l’instar de tous les pays africains, vit sous la dictature d’un homme ayant la haute main sur toutes les institutions, avec une légère atténuation en 1974. Et Abdou Diouf respecta plus que Senghor l’indépendance du Pouvoir judiciaire. Je puis en témoigner, ayant été proche collaborateur de l’un comme de l’autre.

Je souhaitais pour le Sénégal un régime meilleur que celui qui m’avait embastillé pendant sept ans pour raisons politiques et contraint aussi longtemps à l’exil dont je ne fus délivré que par des magistrats courageux qui me lavèrent totalement des accusations de détournement de deniers publics articulés contre moi par un Inspecteur général débutant et aux ordres.


Je le dis d’autant plus sereinement que j’ai été, moi-même, Inspecteur général d’Etat.
Bref, Me Wade m’avait dégommé de la direction de son journal, dès son retour de France ; sûrement à cause des suggestions que je lui avais faites et qui étaient aux antipodes de ce qu’il voulait réaliser. Mais, j’étais son conseiller. Je me disais : «Autant je n’ai pas le droit de m’attendre à ce que toutes mes suggestions soient retenues (ce qui correspondrait à un renversement des rôles) autant, j’ai le devoir de conseiller ce que je crois être bon pour le pays, pour l’Etat et son chef.»

Quant à la fameuse Commission nationale des conseillers, dont les fonctions étaient gratuites, le nouveau président l’a enterrée aussitôt élu. Aucun de ses quarante membres ne figure dans la brochette des dizaines de conseillers grassement rémunérés qui gravitent autour de lui.
Au demeurant, monsieur le Président fut surpris quand, lors de son meeting à Kanel, pendant la dernière campagne présidentielle, je me trouvai assis à sa droite, dans la tribune officielle et lui touchai l’épaule. Il tourna la tête me reconnut, me salua et, ayant constaté que ma vue avait baissé, fit appeler immédiatement son médecin-colonel, lui donna l’ordre de prendre mon numéro de téléphone afin de me faire examiner par un ophtalmologiste. L’officier et moi échangeâmes nos numéros de téléphone.


Dans le discours qu’il fit ce soir-là, je compris que certains de ses aimables propos s’adressaient à moi. Je l’en remercie grandement. Dans les jours qui suivirent, je téléphonai au colonel pour lui dire que j’avais déjà consulté un ophtalmologiste et acheté des lunettes dont je venais de briser l’un des verres par mégarde, et lui fis parvenir l’ordonnance d’un montant de 65 000 francs que j’avais par devers moi. Il me remit 100 000 francs de la part du Président et je lui signai une décharge.


Certains trouvèrent que c’était infime, misérable par rapport aux services que je lui avais rendus, compte tenu de ses possibilités énormes, de ses libéralités dont bénéficient des hommes et des femmes qui n’ont jamais rien fait, rien risqué pour le pays et pour son parti, mais s’étaient acharnés durant de longues années à le traîner dans la boue, à le traiter de tous les noms d’oiseaux, à l’insulter même. A ceux-là, je répondais : «C’est bien normal, parce que les hommes et les femmes en question savent lécher les bottes.»

Moi, je ne le peux pas. Si je le pouvais, je l’aurais fait depuis Senghor. C’est Malraux, je crois, qui disait : «Certes, il est arrivé, mais dans quel état !» (Sous-entendu psychologique et moral).

100 000 francs, c’est tout de même supérieur au montant de mon ordonnance. Par ailleurs, je n’avais jamais reçu un franc de Senghor, ni de Abdou Diouf quand ils étaient chef d’Etat. Je n’aurais sûrement pas refusé de faveurs ; mais c’est par idéal et avec des principes que je servais mon pays. Pas pour ne remplir les poches. Cet idéal, il est vrai, a coûté trop cher aux miens et je me sens souvent coupable envers eux, sans pouvoir me réformer. Celui-là a raison, qui avait dit : «Chassez le naturel, il revient au galop.»

A 82 ans, je ne peux me permettre de militer dans un parti politique, mais je resterai, jusqu’à la fin de mes jours, aux côtés des opprimés et en faveur de la justice sociale.

Abdoul Baïla Wane

Source: le Quotidien

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Mercredi 19 Novembre 2008





1.Posté par patriote le 19/11/2008 12:45
Un grand respect, pour ce discours d'actualité - Le Sénégal a mal !!!

2.Posté par Baol le 19/11/2008 14:13
Je suis profondément touché par les écris de ce brave Monsieur. Il est digne.
Nul n'est éternel mais l'être humain devient arrogant dès q'uil se sent assez fort pour se passer des autres. Ce témoignage nous montre davantage les aspirations de Abdoulaye WADE. Il est aveuglé par son pouvoir mais qu'il sache que toute chose à une fin et celle de sonrègne comme celui de ses proches n'est pas loin.

3.Posté par samba kethio mbondo le 19/11/2008 14:47
voila un discours qui doit attirer l`attention de tous ces vieillards a la con qui nous gouvernent.nul n`est eternel.le pouvoir eternel c`est Dieu .

4.Posté par Help le 19/11/2008 16:08
Un grand monsieur Abdoul Baïla Wane.....Très très grand.

God Bless You.

Nous avons retenu la leçon.

Je conserve jalousement ce texte......Pour les générations futures....

Mais il faut savoir frapper pour que le Pouvoir ne revienne pas au minable....


5.Posté par b illy ny le 19/11/2008 18:49
MR Wane,
Je ne vous connais pas personnellement et c'est la 1ere fois que j'apprends votre histoire a travers cet article.
vous vous etes presente en victime ds l.article mais je ne saurais emettre un avis par rapport a cela car j'ignore les tenants et les aboutissants aussi bien ds l'affaire de detournement que celle de conseiller en chef dt les suggestions ne st pas retenues..
Senghor vous a cause des ennuis,votre ami, cousin et camarade de promotion Abdou Diouf vous a "ignore" Wade ne vous a pas ecoute mais a paye vos lunettes..et a tenu des propos aimables a votre endroit au detour d'un discous de campagne.Bref je ne crois pas que tous ces chefs d'etat exigent leurs collaborateurs de courber l'echine avant d'entrer ds leurs bonnes graces...Merci au demeurant pour les lecons de democratie qui ne st pas "new" du reste. A la lecture de l'article une seule question me taraude l'esprit:qu'est-ce qui vous a pousse a ecrire cet article maintenant et a 82 ans.
je dois preciser que je lis tout article ds un esprit a la fois critique et de critique.je ne defends aucun de ces 3 presidents cites car ils st a quelque degre pres les uns aussi mauvais que les autres
Tous mes respects

6.Posté par Baol le 19/11/2008 21:59
M. b illy ny,
Je ne crois que vous soyez toujours aussi critique. Ce Monsieur donne une grande de vie. A vous lire vous paraissez très autosuffisant.

7.Posté par Ali le 20/11/2008 01:58
Tres bien dis! Et pour repondre a l'un des blogueurs, la seule et simple raison pour ecrire un article de la sorte et que nous sommes a un moment determinant de notre histoire ou on doit definir l'HOMME SENEGALAIS! Nous sommes a un moment ou on a perdu tout nos repairs a cause de $$$$. Nous ne savont plus on nous allons, donc une personne de son age qui n'a pas grand chose a gagner a se stade de la vie peu nous apprendre few lessons. Pour que nous puissions prendre se virage avec le regard d'un PATRIACHE!

Wade a tout simplement rate son rendez-vous avec l'histoire, il avait tout pour reussir mais et passe completement a cote. C'est tres...tres domage. J'ose tout simplement esperer que Obama ne suive pas sur ses traces???

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